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Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?

Lectures du jour : 

XXVIII Dimanche – Mc 10, 17-30

Permettez-moi de m’arrêter ce dimanche avec vous et pour vous sur la question poser par un homme anonyme de l’Evangile de ce dimanche: « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? ». Pour scruter (analyser) cette question, je m’arrête sur trois points.

Premièrement, l’Évangéliste Marc nous dit que cette question a été posée à Jésus par une personne anonyme. En effet, « Un homme accourut vers Jésus » – nous dit Marc. La désignation est particulièrement vague! Cet homme n’a pas de nom, comme s’il n’avait pas d’identité; comme s’il ne savait pas vraiment qui il veut être. Mais, il semble que l’Évangéliste le fait expressément, pour que nous puissions tous, nous retrouver dans l’anonymat de ce personnage.

Deuxièmement, l’homme qui accourt vers Jésus, commence sa question en le qualifiant de « bon »: Bon Maître – dit-il. « Beauté sans bonté est une lumière sans clarté » – dit le proverbe. Et Platon de compléter: « La simplicité véritable allie la bonté à la beauté ». Ce qui n’est pas si simple pour nous les hommes! Voilà pourquoi Jésus lui répond: « Personne n’est bon, sinon Dieu seul ».

Oui! Dieu seul est bon, et cela suffit! Apprenons, nous aussi, à répéter ces mots simples lorsque dans notre vie ou dans la vie de l’Église – comme en ces jours en France avec l’effrayant rapport Sauvé – nous nous trouvons terrifiés, accablés et abattus. Dieu seul est bon! Dieu seul est juste! Dieu seul est saint!

Troisièmement, Jésus ne refuse pas nos questions. On peut même dire qu’il nous fait marcher au rythme de nos questions. Mais, l’Evangile nous apprend que toutes les questions ne sont pas bonnes et fructueuses. Il y a, en effet, des mauvaises questions comme par exemple les questions pièges ou les questions pour se faire valoir. Ces questions-là ne nous font pas grandir en chrétien!

Il y a aussi des questions qui surgissent spontanément de l’homme. Elles sont souvent des questions de surface: elles concernent le « quoi ». Tandis que les vrais questions sont d’un autre niveau: ce sont celles qui concernent le « pourquoi » ou le « pourquoi pas ».

Eh bien, la question posée par l’homme anonyme de l’évangile de ce dimanche, appartient plutôt à ces questions dites « spontanées » et « émotionnelles » qui concernent le « quoi ». On sent d’ailleurs de l’inquiétude chez cet homme respectueux des commandements et de la Loi. Il a passé sa vie à faire ce que les autres lui ont suggéré ou appris. Il a essayé d’imiter les gens honnêtes, ceux qui respectent la Loi de Dieu. Pourtant, malgré ses efforts de volonté, malgré ses sacrifices, il n’est pas parvenu à être heureux, il n’a pas trouvé la vie éternelle, c’est-à-dire la vie pleine. Alors il cherche! Il pose une question dans laquelle trois verbes se suivent: devoir, faire et avoir: « Que dois-je/faire/pour avoir en héritage la vie éternelle »?

Il semble que l’essentiel de sa vie s’exprime à travers ces trois mots: une Loi, c’est-à-dire un ensemble de devoirs, une conduite à accomplir (faire), moyennant quoi, il aura le bien le plus précieux, la vie éternelle.

Est-ce faux? Apparemment non! Et pourtant, d’après Jésus cette démarche demeure encore extérieure! C’est une démarche de surface! C’est comme si cet homme disait: « Indique-moi ce que je dois faire, et je tâcherai de le faire le mieux possible ». Eh bien, Jésus déplace l’accent de sa démarche. Il l’emmène sur le terrain de l’amour plutôt que sur celui de la Loi. Au lieu de donner à son interlocuteur une règle de plus; un commandement de plus, il lui propose une amitié; une relation: « Viens, et suis-moi ».

Voyez-vous! Il se peut que le désastre dont nous avons pris conscience grâce au rapport Sauvé n’est pas seulement la conséquence de la « perversité de l’homme en soutane », mais avant tout la conséquence du manque d’une authentique et profonde relation avec le Maître qui pourtant, depuis deux mille ans, enseigne très explicitement: « Il est inévitable que surviennent des scandales, mais malheureux celui par qui cela arrive » (Lc 17, 1).

Le mot français scandale vient du grec skandalon, et signifie obstacle pour faire tomber quelqu’un. Oui, l’homme peut être un scandale pour l’homme lorsqu’il cherche à l’entraîner loin de sa foi; loin de Dieu. Un comportement que Jésus condamne avec sévérité: « Il vaut mieux qu’on lui attache au cou une meule en pierre et qu’on le précipite à la mer, plutôt qu’il ne soit une occasion de chute pour un seul des petits que voilà » (Lc 17, 2).

Dans ce contexte, une question surgit en moi: Face aux abus sexuels commis dans l’Église catholique en France, ne devrions-nous pas parler avant tout de la trahison de l’Évangile? Oui, le baptisé doit toujours revenir à l’évangile, c’est-à-dire à la personne de Jésus-Christ.

Prions en ce dimanche non seulement pour les victimes des abus sexuels, mais aussi pour tous les chrétiens, et en particulier pour nos catéchumènes qui commencent ce dimanche leur parcours annuel, pour qu’ils puissent approfondir leur relation avec Jésus, et ainsi approfondir leur foi et se rapprocher de Dieu.

Père Stanislas Stawicki

 

Autres homélies du Père Stanislas Stawicki

2ème Dimanche de Pâques 2021 – B : Dimanche de la Miséricorde

“La Paix soit avec vous !”

Lectures du jour : 

Après la mort de Jésus, les disciples ont la peur au ventre. Ils sont confinés, enfermés dans leur cénacle verrouillé et voici que Jésus, le Crucifié-Ressuscité les rejoint, certainement pas comme un passe muraille, ils font l’expérience, au milieu d’eux, de sa réelle présence. Jésus leur dit une parole libératrice et réconfortante : « La paix soit avec vous ». Jésus se laisse toucher en son corps. Il leur donne l’Esprit Saint. Il offre à tous le pardon des péchés.

Huit jours après le premier soir où Thomas était absent, les apôtres assurent à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur. Thomas pense qu’ils étaient peut-être dans l’illusion, que c’est une fake news. Il doute et demande des preuves. Pour croire, il lui faut toucher et voir. Sans doute nous et tout particulièrement lorsque nous sommes blessés, meurtris par la vie, et que nous pouvons être tentés de douter de la miséricorde de Dieu et même jusqu’à son existence, ressemblons-nous à Thomas… Continuer la lecture de 2ème Dimanche de Pâques 2021 – B : Dimanche de la Miséricorde

Dimanche de Pâques 2021 : laisse moi être le Vivant en toi

“Laisse-moi faire de ce tombeau le lieu de ma miséricorde et de mon amour !  Laisse-moi être le Vivant en toi, relever ta vie !”

Lectures du jour : 

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, ce n’est pas une scène grandiose avec un Christ triomphant, revêtu de lumière qui nous est rapporté. Nous pouvons nous réjouir de cette discrétion, car elle ressemble bien à ce que nous vivons en ce moment.

 Nous voyons Marie Madeleine qui part « au tombeau de bon matin. » (…) « C’était encore les ténèbres. » Elle voit que la pierre du tombeau a été roulée, elle constate un tombeau vide et bien rangé et reste avec ses hésitations et ses doutes. Elle constate qu’on a enlevé le Seigneur du tombeau et elle ajoute : nous ne savons pas où on l’a mis. C’est l’aveu du non savoir, de la non foi, et elle va l’annoncer à Simon-Pierre et à l’autre disciple. Or ce dernier ne fait pas que constater comme Madeleine et Pierre, le tombeau vide : il a vu un tombeau vide et il a cru : il vit et il crut. Lui voit avec les yeux de la foi. Son amour lui fait voir ce dont les linges ne sont pas une preuve mais un signe.

Ce disciple il voit, avec le cœur, en véritable croyant.

Chacun, chacune, si nous sommes ici, ce matin, devant le tombeau vide, c’est  parce que Jésus est ressuscité. Et comme l’autre disciple, nous le croyons ! Voilà ce qui fait qu’aujourd’hui, comme depuis plus de 2000 ans, des hommes et des femmes mettent leur vie dans les pas du Christ. Comme ces trois adultes: Flora, Gabin, Marie, qui ont été baptisés ce matin à 6h30 lors de la célébration de la Vigile pascale.

Oui, Jésus est ressuscité et il nous invite, chacune et chacun à vivre en Ressuscité !  Ce matin, Jésus nous dit : peu m’importe que je sois ressuscité il y a deux mille ans, si je ne le suis pas pour toi aujourd’hui, si je ne ressuscite pas, au plus profond de toi même.

En ce tombeau encore fermé où trop souvent ton âme se complaît laisse-moi ressusciter !  Laisse-moi faire de ce tombeau le lieu de ma miséricorde et de mon amour !  Laisse-moi être le Vivant en toi, relever ta vie ! Ouvre les yeux, ceux de la foi, car y-a-t-il plus grande richesse que ma présence de Ressuscité en toi, en nous, toujours actuelle, toujours agissante, capable de faire rouler la pierre du tombeau, de tous les tombeaux qui meurtrissent nos vies, exaspérés par ce contexte de pandémie, dans une société marquée par la fragilité et tant d’inconnus aujourd’hui, capable de repousser les murs de nos refus d’aimer, d’ouvrir une brèche au bout de nos impasses, de nous relever quand notre péché, nos égarements nous plaquent au sol, capables de nous redonner l’espérance quand nous sommes fatigués, déçus, tristes, découragés, par tant de choses douloureuses que nous voyons,  ou quand les préoccupations de tous les jours nous écrasent et nous replient sur nous-mêmes.

Mais nous ne pouvons pas nous limiter à reconnaître que Jésus est vivant pour nous ; nous sommes appelés à attester aux autres qu’il est la vie du monde et la paix pour tous les hommes. Notre foi en l’Amour infini de Dieu plus fort que toute mort et que tout mal, ne nous invite-t-elle pas  à témoigner de cette certitude intérieure, de ce “trésor de Pâques” du Christ Ressuscité, Aujourd’hui, Dieu me dit, Dieu nous dit : “Tu es vivant… mais tu n’es pas un vivant voué à la mort, mais un mortel promis à la Vie“.

Puissions être ces hommes et ces femmes, croyant dans la puissance du Christ ressuscité qui vient nous rencontrer les uns les autres, des hommes et des femmes vivant du Christ ressuscité, c’est à dire attestant par notre manière de vivre et d’être, que nous avons été repêchés et donc rendus capables, à notre tour de contribuer à repêcher, par la force du Christ ressuscité, tous ceux qui sont en train de perdre pied, de se noyer, et il y en a tellement autour de nous aujourd’hui, qui cherchent un sens à leur vie.

La Résurrection, c’est en quelque sorte le débordement de vie et le surcroît de l’Amour; à profusion ! Non pas seulement pour demain, dans l’au-delà, mais pour l’aujourd’hui dans tout ce qui fait notre quotidien. Vivre Pâques au quotidien, c’est découvrir que le don de la vie recommence chaque matin pour celui qui garde la force fragile de la lumière espérance. Pâques n’existe pas en dehors de ce que nous vivons. En Lui ;, le Ressuscité, notre vie trouve la force dont elle a besoin pour continuer, pour avancer

Ouvrons-nous au don de l’Espérance, n’ayons pas peur de la Joie qui vient de la résurrection ! Christ est ressuscité, puissions-nous répondre de tout notre coeur: Oui Il est Vraiment ressuscité !

Père Francis Corbière

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