Tandis qu’il les bénissait, il était emporté au ciel

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Solennité de l’Ascension – Lc 24, 46-53

Je voudrais souligner brièvement, avec vous et pour vous, deux aspects de la solennité de l’Ascension du Seigneur que nous célébrons en ce jour : l’expérience de la séparation qui est une expérience du manque; et le passage de la lamentation au temps de la louange.

 D’abord, l’expérience de la séparation. En ce jour, nous sommes invités par le psalmiste (le psaume responsorial) à acclamer le Seigneur qui monte au ciel: « Dieu s’élève parmi les ovations » – nous venons de chanter.  Mais que veut dire exactement que « Dieu s’élève » ?

Eh bien, dans le contexte de notre fête, s’élever signifie « se séparer », sans pour autant « abandonner » ou « oublier ». C’est une séparation nécessaire qui fait naître un besoin, un manque, afin que nous puissions avancer et grandir plus librement. En effet, seul le manque est générateur. Seule l’imperfection est génératrice. Laissez-moi vous expliquer de quoi il s’agit !

L’expérience nous dit que les relations se dégradent, et même meurent – lorsque nous exigeons la perfection. Chaque fois que nous voulons faire d’une relation un produit parfait que nous avons en tête, c’est le prélude à la crise.

Pourquoi? Parce que l’amour ici-bas n’est possible que dans l’imperfection. La perfection devient une stagnation, une inertie, un marasme. En fait, notre corps et même notre âme vivent, parce qu’ils sont continuellement mû par le besoin, c’est-à-dire par le manque de quelque chose. Voilà pourquoi avant de nous quitter Jésus disait : « C’est votre avantage que je m’en aille ». Autrement dit, il « se sépara de nous » (Lc 24, 51), mais il ne nous a pas abandonnés. C’est une séparation nécessaire, afin que nous puissions avancer et grandir plus librement.

Le second aspect que je viens d’annoncer, c’est le passage de la lamentation à la louange. En effet, la solennité de l’Ascension nous invite à lever les yeux et à passer de la lamentation à la louange. Je m’explique!

Dans la vie de tous les jours, les arrogants et ceux qui construisent leur succès sur le mépris et le malheur des autres, semblent gagner. Tandis que ceux qui affrontent la vie avec humilité, en essayant d’éviter le mal – semblent finir par craquer, comme si ce monde était prisonnier d’une logique perverse.

Face à cette perversité apparente, nous devenons déçus et tristes. Nos yeux deviennent prisonniers de la terre, et nous transformons la vie en une lamentation qui ne nous permet plus de regarder au-delà. Voilà pourquoi la fête de l’Ascension nous invite à lever les yeux pour nous rendre compte que le Seigneur ne nous a pas abandonnés. Oui, cette fête nous appelle à orienter nos désirs vers le ciel, c’est-à-dire regarder le ciel, sans trahir la terre, et du même coup, vivre sur la terre sans trahir le ciel.

Ce n’est pas toujours évident. Nous avons la tendance à repousser cette pensée à la vieillesse. « Ciel, je n’ai pas de temps pour y penser maintenant – disent certains. Je m’en occuperai plus tard, quand je serai vieux ».

A ce propos, je voudrais vous raconter une petite histoire. Le curé d’une paroisse savait bien que ses paroissiens, surtout les hommes, au lieu de venir dimanche à la messe, allaient au bar, juste en face de l’église, pour prendre un coup. Un dimanche, avant d’aller à l’autel, le curé entra dans ce bar, regroupa tous ses hommes, et les conduit à l’église. Là, il leur dit avec solennité: « Que tous ceux qui veulent aller au ciel se tiennent debout à ma droite. Tout le monde le fit, sauf un homme qui s’obstina à rester là où il était. Le curé lui lança un regard furieux en disant:

  • « Vous ne voulez donc pas aller au ciel quand vous serez mort »?
  • « Bien sûr que je voudrais y aller – a répondit l’homme. Si je suis resté à ma place, c’est parce que je pensais que vous voulez y aller tout de suite ».

Si je vous raconte cette histoire, ce n’est pas seulement pour vous faire rire, mais pour vous aider à prendre conscience combien cette tendance de remettre le ciel au plus tard, peut nous empêcher à vivre sur la terre sans trahir le ciel.

Et encore une petite chose.

« J’étais dans le ciel et j’ai bien regardé partout: je n’ai pas vu Dieu » – aurait dit le cosmonaute russe Youri Gagarine (1934-1968), le premier homme à être allé dans l’espace. Gagarine n’a certainement jamais entendu parler du testament de Jésus qui avant de monter vers son Père disait: « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Nul besoin donc de scruter le ciel pour le trouver: désormais, il est présent partout où se trouvent ses disciples. Et il est présent de bien des manières: dans sa Parole, dans les sacrements, dans les pauvres et tous les laissés-pour-compte, dans les membres de nos familles ou nos communautés, dans la création qui s’offre à notre contemplation, et chaque fois que deux ou trois sont réunis en son nom. Encore faut-il s’entraîner à le reconnaître avec le même sérieux que ceux qui partent à la conquête de l’espace !

Père Stanislas

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