La joie de l’amour-Amoris Laetitia

Voici quelques phrases relevées dans l’exhortation du Pape François, sur la joie de l’amour “Amoris Laetitia”. Ce choix ne peut-être que personnel et incomplet.

EXHORTATION APOSTOLIQUE – AMORIS LAETITIA
DU SAINT-PÈRE – FRANÇOIS
SUR L’AMOUR DANS LA FAMILLE


  1. La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église. « l’annonce chrétienne qui concerne la famille est vraiment une bonne nouvelle ».
  2. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13), c’est-à-dire, lorsqu’il nous introduira parfaitement dans le mystère du Christ et que nous pourrons tout voir à travers son regard.
  3. Je la (« l’exhortation ») considère comme une proposition aux familles chrétiennes, qui les stimule à valoriser les dons du mariage et de la famille, et à garder un amour fort et nourri de valeurs, telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience.

PREMIER CHAPITRE – À LA LUMIÈRE DE LA PAROLE

Toi et ton épouse

  1. L’expression originelle en hébreu nous renvoie à une relation directe, presque ‘‘frontale’’ – les yeux dans les yeux – dans un dialogue également silencieux, car dans l’amour les silences sont d’habitude plus éloquents que les paroles. « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui […].  Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi ! » (2, 16 ; 6, 3).
  2. L’union matrimoniale est ainsi évoquée non seulement dans sa dimension sexuelle et corporelle mais aussi en tant que don volontaire d’amour. L’objectif de cette union est ‘‘de parvenir à être une seule chair’’, soit par l’étreinte physique, soit par l’union des cœurs et des vies et, peut-être, à travers l’enfant qui naîtra des deux et portera en lui, en unissant, non seulement génétiquement mais aussi spirituellement, les deux ‘‘chairs’’.

Le labeur de tes mains

  1. Le travail permet à la fois le développement de la société, l’entretien de la famille ainsi que sa stabilité et sa fécondité : « Puisses-tu voir Jérusalem dans le bonheur tous les jours de ta vie, et voir les fils de tes fils ! » (Ps 128, 5-6).

La tendresse de l’accolade

  1. Dans la perspective de l’amour, central dans l’expérience chrétienne du mariage et de la famille, une autre vertu se démarque également, quelque peu ignorée en ces temps de relations frénétiques et superficielles : la tendresse.

DEUXIÈME CHAPITRE – LA RÉALITE ET LES DÉFIS DE LA FAMILLE

  1. Le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du monde et de l’Église.

La situation actuelle de la famille

  1. La liberté de choisir permet de projeter sa vie et de cultiver le meilleur de soi-même, mais si elle n’a pas de nobles objectifs ni de discipline personnelle, elle dégénère en une incapacité à se donner généreusement.
  2. Nous devons faire un effort plus responsable et généreux, qui consiste à présenter les raisons et les motivations d’opter pour le mariage et la famille, de manière à ce que les personnes soient mieux disposées à répondre à la grâce que Dieu leur offre.
  3. D’autres fois, nous avons présenté un idéal théologique du mariage trop abstrait, presqu’artificiellement construit, loin de la situation concrète et des possibilités effectives des familles réelles. Cette idéalisation excessive, surtout quand nous n’avons pas éveillé la confiance en la grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et attractif, bien au contraire !
  4. Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leurs limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles.
  5. Les crises du mariage sont « affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice.

Quelques défis

  1. La force de la famille « réside essentiellement dans sa capacité d’aimer et d’enseigner à aimer. Aussi blessée soit-elle, une famille pourra toujours grandir en s’appuyant sur l’amour ».

TROISIÈME CHAPITRE – LE REGARD POSÉ SUR JÉSUS : LA VOCATION DE LA FAMILLE

  1. Jésus « a regardé avec amour et tendresse les femmes et les hommes qu’il a rencontrés, en accompagnant leurs pas avec vérité, patience et miséricorde, tout en annonçant les exigences du Royaume de Dieu ». De la même manière, le Seigneur nous accompagne aujourd’hui dans notre souci de vivre et de transmettre l’Évangile de la famille.

Le sacrement de mariage

74.. Ils sont appelés à répondre au don de Dieu par leur engagement, leur créativité, leur résistance et leur lutte quotidienne, mais ils pourront toujours invoquer l’Esprit Saint qui a consacré leur union, afin que la grâce reçue se manifeste sans cesse dans chaque situation nouvelle.

  1. C’est pourquoi, lorsque les époux non chrétiens sont baptisés, il n’est pas nécessaire qu’ils renouvellent la promesse matrimoniale et il suffit qu’ils ne la rejettent pas, puisque par le baptême qu’ils reçoivent cette union devient automatiquement sacramentelle.

Semences du Verbe et situations imparfaites

  1. Nous pouvons dire que « quiconque voudrait fonder une famille qui enseigne aux enfants à se réjouir de chaque geste visant à vaincre le mal – une famille qui montre que l’Esprit est vivant et à l’œuvre – trouvera gratitude, appréciation et estime, quels que soient son peuple, sa religion ou sa région ».

QUATRIÈME CHAPITRE – L’AMOUR DANS LE MARIAGE

Notre amour quotidien

La patience

  1. La patience de Dieu est un acte de miséricorde envers le pécheur et manifeste le véritable pouvoir.
  2. L’amour a toujours un sens de profonde compassion qui porte à accepter l’autre comme une partie de ce monde, même quand il agit autrement que je l’aurais désiré.

Amabilité

  1. Chaque jour « entrer dans la vie de l’autre, même quand il fait partie de notre vie, demande la délicatesse d’une attitude qui n’est pas envahissante, qui renouvelle la confiance et le respect […]. L’amour, plus il est intime et profond, exige encore davantage le respect de la liberté, et la capacité d’attendre que l’autre ouvre la porte de son cœur ».
  2. Considérons, par exemple, certaines paroles que Jésus a dites à des personnes : « Aie confiance, mon enfant » (Mt 9, 2). « Grande est ta foi » (Mt 15, 28). « Lève-toi! » (Mc 5, 41). « Va en paix » (Lc 7, 50). « Soyez sans crainte » (Mt 14, 27). Ce ne sont pas des paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent. En famille il faut apprendre ce langage aimable de Jésus.

Le pardon

  1. Quand on a été offensé ou déçu, le pardon est possible et souhaitable, mais personne ne dit qu’il est facile.
  2. Si nous acceptons que l’amour de Dieu est inconditionnel, que la tendresse du Père n’est ni à acheter ni à payer, alors nous pourrons aimer par-dessus tout, pardonner aux autres, même quand ils ont été injustes contre nous.

Se réjouir avec les autres

  1. Si nous n’alimentons pas notre capacité de nous réjouir du bien de l’autre, et surtout si nous nous concentrons sur nos propres besoins, nous nous condamnons à vivre avec peu de joie, puisque, comme l’a dit Jésus : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35).

L’amour excuse tout

  1. l’amour a souci de l’image des autres, avec une délicatesse qui conduit à préserver même la bonne réputation des ennemis.
  2. L’amour cohabite avec l’imperfection, il l’excuse, et il sait garder le silence devant les limites de l’être aimé.

L’amour espère

  1. Cela implique d’accepter que certaines choses ne se passent pas comme on le désire, mais que peut-être Dieu écrit droit avec des lignes courbes et sait tirer quelque bien des maux qu’il n’arrive pas à vaincre sur cette terre.

Grandir dans la charité conjugale

Toute la vie, tout en commun

  1. Mais « promettre un amour qui soit pour toujours est possible quand on découvre un dessein plus grand que ses propres projets, qui nous soutient et nous permet de donner l’avenir tout entier à la personne aimée ». Comme disait saint Robert Bellarmin : « Le fait qu’on s’unisse à une seule personne par un lien indissoluble, en sorte qu’on ne puisse pas se séparer, quelles que soient les difficultés et même lorsqu’on a perdu l’espérance de la procréation, ne peut se concrétiser sans un grand mystère ».

Joie et beauté

  1. L’amour ouvre les yeux et permet de voir, au-delà de tout, combien vaut un être humain.

L’amour qui se manifeste et qui grandit

  1. « Quand, dans une famille, on n’est pas envahissant et que l’on demande “s’il te plaît”, quand, dans une famille, on n’est pas égoïste et que l’on apprend à dire “merci”, quand, dans une famille, quelqu’un s’aperçoit qu’il a fait quelque chose de mal et sait dire “excuse-moi”, dans cette famille il y a la paix et la joie ».
  2. L’amour qui ne grandit pas commence à courir des risques, et nous ne pouvons grandir qu’en répondant à la grâce divine par davantage de gestes d’amour, par des gestes de tendresse plus fréquents, plus intenses, plus généreux, plus tendres, plus joyeux.

Le dialogue

  1. Souvent, l’un des conjoints n’a pas besoin d’une solution à ses problèmes, mais il a besoin d’être écouté. Il veut sentir  qu’ont été pris en compte sa peine, sa désillusion, sa crainte, sa colère, son espérance, son rêve.
  2. L’unité à laquelle il faut aspirer n’est pas uniformité, mais une ‘‘unité dans la diversité’’ ou une ‘‘diversité réconciliée’’.

Un amour passionné

Le monde des émotions

  1. Une famille arrive à maturité quand la vie émotionnelle de ses membres se transforme en une sensibilité qui ne domine ni n’obscurcit les grandes options et les valeurs, mais plutôt qui respecte la liberté de chacun, jaillit d’elle, l’enrichit, l’embellit et la rend plus harmonieuse pour le bien de tous.

La dimension érotique de l’amour

  1. L’érotisme le plus sain, même s’il est lié à une recherche du plaisir, suppose l’émerveillement, et pour cette raison  il peut humaniser les pulsions.
  2. la dimension érotique de l’amour … Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle conduit à être « une pleine et authentique affirmation de l’amour » qui nous montre de quelle merveille est capable le cœur humain, et ainsi pour un moment, « on sent que l’existence humaine a été un succès ».

 Violence et manipulation

  1. La sexualité est au service de cette amitié conjugale de manière inséparable, parce qu’elle est orientée à faire en sorte que l’autre vive en plénitude.
  2. L’idéal du couple ne peut pas se définir seulement comme une donation généreuse et sacrifiée, où chacun renonce à tout besoin personnel et se préoccupe seulement de faire du bien à l’autre sans aucune satisfaction. Rappelons qu’un véritable amour sait aussi recevoir de l’autre, qu’il est capable de s’accepter comme vulnérable et ayant des besoins, qu’il ne renonce pas à accueillir avec sincérité et joyeuse gratitude les expressions corporelles de l’amour à travers la caresse, l’étreinte, le baiser et l’union sexuelle.

Mariage et virginité

  1. Nous pouvons aussi trouver en de nombreuses familles une capacité de service, tendre et oblatif, envers des enfants difficiles et même ingrats. Cela fait de ces parents un signe de l’amour libre et désintéressé de Jésus.

La transformation de l’amour

  1. Nous ne pouvons pas nous promettre d’avoir les mêmes sentiments durant toute la vie. En revanche, oui, nous pouvons avoir un projet commun stable, nous engager à nous aimer et à vivre unis jusqu’à ce que la mort nous sépare, et à vivre toujours une riche intimité. L’amour que nous nous promettons dépasse toute émotion, tout sentiment et tout état d’âme, bien qu’il puisse les inclure. C’est une affection plus profonde, avec la décision du cœur qui engage toute l’existence.
  2. Dans l’histoire d’un mariage, l’apparence physique change, mais ce n’est pas une raison pour que l’attraction amoureuse s’affaiblisse. On tombe amoureux d’une personne complète avec son identité propre, non pas seulement d’un corps, bien que ce corps, au-delà de l’usure du temps, ne cesse jamais d’exprimer de quelque manière cette identité personnelle qui a séduit le cœur. Quand les autres ne peuvent plus reconnaître la beauté de cette identité, le conjoint amoureux demeure capable de la percevoir par l’instinct de l’amour, et l’affection ne disparaît pas.

CINQUIÈME CHAPITRE – L’AMOUR QUI DEVIENT FÉCOND

Accueillir une nouvelle vie

  1. 166. C’est la beauté d’être aimé avant : les enfants sont aimés avant d’arriver ». Cela reflète pour nous la primauté de l’amour de Dieu qui prend toujours l’initiative, car les enfants « sont aimés avant d’avoir fait quoi que ce soit pour le mériter ». Car « quand il s’agit des enfants qui viennent au monde, aucun sacrifice des adultes ne sera jugé trop coûteux ou trop grand, pour peu qu’il évite à un enfant de penser qu’il est une erreur, qu’il ne vaut rien et d’être abandonné aux blessures de la vie et à l’arrogance des hommes ».

L’amour dans l’attente de la grossesse

  1. Tout enfant qui est formé dans le sein de sa mère est un projet éternel de Dieu le Père et de son amour éternel : « Avant même de te modeler au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré » (Jr 1, 5). Tout enfant est dans le cœur de Dieu, depuis toujours, et au moment où il est conçu, se réalise l’éternel rêve du Créateur.
  2. L’amour des parents est un instrument de l’amour de Dieu le Père qui attend avec tendresse la naissance de tout enfant, l’accepte sans conditions et l’accueille gratuitement.

Amour de père et de mère

  1. J’apprécie le féminisme lorsqu’il ne prétend pas à l’uniformité ni à la négation de la maternité. Car la grandeur de la femme implique tous les droits qui émanent de son inaliénable dignité humaine, mais aussi de son génie féminin, indispensable à la société.
  2. Très chères mamans, merci, merci pour ce que vous êtes dans la famille et pour ce que vous donnez à l’Église et au monde.
  3. Un père avec une claire et heureuse identité masculine, qui en retour, dans sa façon de traiter la femme, unit affection et modération, est aussi nécessaire que les soins maternels.
  4. « les enfants ont besoin de trouver un père qui les attende lorsqu’ils reviennent de leurs erreurs. Ils feront tout pour ne pas l’admettre, pour ne pas le faire voir, mais ils en ont besoin ».

 Fécondité plus grande

  1. Ainsi, les couples chrétiens peignent le gris de l’espace public, le remplissant de la couleur de la fraternité, de la sensibilité sociale, de la défense de ceux qui sont fragiles, de la foi lumineuse, de l’espérance active. Leur fécondité s’élargit et se traduit par mille manières de rendre présent l’amour de Dieu dans la société.

La vie dans la famille élargie

  1. Le petit noyau familial ne devrait pas s’isoler de la famille élargie, incluant les parents, les oncles, les cousins, ainsi que les voisins. Dans cette grande famille, il peut y avoir des personnes qui ont besoin d’aide, ou au moins de compagnie et de gestes d’affection ; ou bien il peut y avoir de grandes souffrances qui appellent une consolation. L’individualisme de ces temps conduit parfois à s’enfermer dans un petit nid de sécurité et à sentir les autres comme un danger gênant. Toutefois, cet isolement n’offre pas plus de paix et de bonheur, mais plutôt ferme le cœur de la famille et la prive de l’ampleur de l’existence.

Être enfants

  1. Nous sommes tous des enfants. Et cela nous renvoie toujours au fait que nous ne nous sommes pas donné la vie nous-mêmes mais nous l’avons reçue. Le grand don de la vie est le premier cadeau que nous avons reçu ».

Les personnes âgées

  1. « Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse, quand décline ma vigueur, ne m’abandonne pas » (Ps 71, 9). C’est le cri de la personne âgée, qui craint l’oubli et le mépris. Ainsi, tout comme Dieu nous invite à être ses instruments pour écouter la supplication des pauvres, de la même manière, il s’attend à ce que nous écoutions le cri des personnes âgées.

Être frères

  1. Peut-être n’en sommes-nous pas toujours conscients, mais c’est précisément la famille qui introduit la fraternité dans le monde ! A partir de cette première expérience de fraternité, nourrie par les liens d’affection et par l’éducation familiale, le style de la fraternité rayonne comme une promesse sur toute la société ».

Un grand cœur

  1. Outre le petit cercle que forment les époux et leurs enfants, il y a la famille élargie qui ne peut être ignorée. Car « l’amour entre l’homme et la femme dans le mariage et en conséquence, de façon plus large, l’amour entre les membres de la même famille – entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre les proches et toute la parenté – sont animés et soutenus par un dynamisme intérieur incessant, qui entraîne la famille vers une communion toujours plus profonde et plus intense, fondement et principe de la communauté conjugale et familiale ».Les amis et les familles amies en font partie également, y compris les communautés de familles qui se soutiennent mutuellement dans leurs difficultés, dans leur engagement social et dans leur foi.
  2. Enfin, on ne peut oublier que dans cette grande famille, il y a aussi le beau-père, la belle-mère et tous les parents du conjoint. Une délicatesse propre à l’amour consiste à éviter de les voir comme des concurrents, comme des êtres dangereux, comme des envahisseurs. Ces attitudes sont également une manière exquise d’exprimer au conjoint la générosité du don de soi plein d’amour.

SIXIÈME CHAPITRE – QUELQUES PERSPECTIVES PASTORALES

Annoncer l’Évangile de la famille aujourd’hui

  1. Dans les réponses aux questionnaires envoyés partout dans le monde, il a été souligné qu’il manque souvent aux ministres ordonnés la formation adéquate pour traiter les problèmes complexes actuels des familles. De même, l’expérience de la vaste tradition orientale des prêtres mariés pourrait être utile.
  2. « La présence des laïcs et des familles, en particulier la présence féminine, dans la formation sacerdotale, permet de mieux apprécier la diversité et la complémentarité des diverses vocations dans l’Église ».

Guider les fiancés sur le chemin de la préparation au mariage

  1. J’invite les communautés chrétiennes à reconnaître qu’accompagner le cheminement d’amour des fiancés est un bien pour elles-mêmes. (à propos de la catéchèse des jeunes mariés) « ce n’est pas le fait de savoir beaucoup qui remplit et satisfait l’âme, mais le fait de sentir et de savourer les choses intérieurement ».
  2. Apprendre à aimer quelqu’un n’est pas quelque chose qui s’improvise ni qui peut être l’objectif d’un bref cours préalable à la célébration du mariage.
  3. Les fiancés devraient être encouragés et aidés à pouvoir parler de ce que chacun attend d’un éventuel mariage, de sa conception de l’amour et de l’engagement, de ce qu’il désire de l’autre, du type de vie en commun qu’il voudrait projeter. Ces conversations peuvent aider à voir qu’en réalité il y a peu de points communs, et que la pure attraction mutuelle ne sera pas suffisante pour soutenir l’union. Rien n’est plus volatile, plus précaire et plus imprévisible que le désir, et il ne faut jamais encourager la décision de contracter le mariage si d’autres motivations n’ont pas pris racine pour donner à cet engagement des possibilités réelles de stabilité.
  4. Malheureusement, beaucoup arrivent au mariage sans se connaître. Ils se sont uniquement distraits ensemble, ils ont fait des expériences ensemble, mais n’ont pas affronté le défi de se révéler l’un à l’autre et d’apprendre qui est en réalité l’autre.

La préparation de la célébration

  1. Chers fiancés : ayez le courage d’être différents, ne vous laissez pas dévorer par la société de consommation et de l’apparence. Ce qui importe, c’est l’amour qui vous unit, consolidé et sanctifié par la grâce. Vous êtes capables d’opter pour une fête sobre et simple, pour placer l’amour au-dessus de tout.
  2. Mais il ne serait pas bon qu’ils arrivent au mariage sans avoir prié ensemble, l’un pour l’autre, en sollicitant l’aide de Dieu pour être fidèles et généreux, lui demandant ensemble ce qu’il attend d’eux, y compris en consacrant leur amour auprès d’une statue de Marie.

Accompagner dans les premières années de la vie matrimoniale

  1. Toutefois, lorsque l’amour devient une pure attraction ou un sentiment vague, les conjoints souffrent alors d’une très grande fragilité quand l’affectivité entre en crise ou que l’attraction physique décline.
  2. je voudrais insister sur le fait qu’un défi de la pastorale matrimoniale est d’aider à découvrir que le mariage ne peut se comprendre comme quelque chose d’achevé… en s’unissant, les époux deviennent protagonistes, maîtres de leur histoire et créateurs d’un projet qu’il faut mener à bien ensemble. Le regard se dirige vers l’avenir qu’il faut construire quotidiennement, avec la grâce de Dieu, et pour cela même, on n’exige pas du conjoint qu’il soit parfait. Il faut laisser de côté les illusions et l’accepter tel qu’il est : inachevé, appelé à grandir, en évolution… Le oui qu’ils ont échangé est le début d’un itinéraire, avec un objectif capable de surmonter les aléas liés aux circonstances et les obstacles qui s’interposent
  3. La même espérance nous invite à vivre à plein le présent, le cœur tout à la vie familiale, car la meilleure manière de préparer et de consolider l’avenir est de bien vivre le présent.
  4. La maturation de l’amour implique aussi d’apprendre à ‘‘négocier’’. Ce n’est pas une attitude intéressée ou un jeu de type commercial, mais en définitive un exercice de l’amour mutuel, car cette négociation est un mélange d’offrandes réciproques et de renoncements pour le bien de la famille.
  5. L’une des causes qui conduisent à des ruptures matrimoniales est d’avoir des attentes trop élevées sur la vie conjugale… Car même dans les moments difficiles, l’autre surprend encore et  de nouvelles portes s’ouvrent pour les retrouvailles, comme si c’était la première fois ; et à chaque nouvelle étape, ils se ‘‘façonnent’’ de nouveau mutuellement. L’amour fait qu’on attend l’autre et qu’on exerce cette patience propre à l’artisan héritier de Dieu.

Quelques ressources

  1. Liturgies, pratiques dévotionnelles et Eucharisties célébrées pour les familles, surtout pour l’anniversaire du mariage ont été mentionnées comme étant vitales pour favoriser l’évangélisation à travers la famille ».
  2. L’amour a besoin de temps disponible et gratuit, qui fait passer d’autres choses au second plan. Il faut du temps pour dialoguer, pour s’embrasser sans hâte, pour partager des projets, pour s’écouter, pour se regarder, pour se valoriser, pour renforcer la relation.
  3. Car quand on ne sait que faire des moments à partager, l’un ou l’autre des conjoints finira par se réfugier dans la technologie, inventera d’autres engagements, cherchera d’autres bras ou s’échappera d’une intimité gênante.
  4. De même, lorsque nous visitons les familles, nous devrions convoquer tous les membres de la famille à un moment donné pour prier les uns pour les autres et pour remettre la famille dans les mains du Seigneur. En même temps, il faut encourager chacun des conjoints à avoir des moments de prière dans la solitude face à Dieu, car chacun a ses croix secrètes. Pourquoi ne pas dire à Dieu ce qui perturbe le cœur, ou lui demander la force de guérir les blessures personnelles, et implorer la lumière nécessaire pour pouvoir répondre à son propre engagement ?
  5. De même, il peut être utile d’assigner aux couples plus expérimentés la tâche d’accompagner les couples de leur voisinage plus jeunes, pour les visiter, les accompagner au début et leur proposer un parcours de croissance… Aujourd’hui, la pastorale familiale doit être fondamentalement missionnaire, en sortie, de proximité, au lieu de se limiter à être une usine de cours auxquels peu de personnes prennent part.

Éclairer les crises, les angoisses et les difficultés

Le défi des crises

  1. Il convient d’accompagner les conjoints pour qu’ils puissent accepter les crises qui surviennent, les affronter et leur réserver une place dans la vie familiale…Chaque crise cache une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en affinant l’ouïe du cœur.
  2.  Il faut aider à découvrir les causes (d’une crise) les plus cachées dans les cœurs des conjoints, et à les affronter comme un accouchement qui passera et fera naître un nouveau trésor.
  3. Il y a des crises communes qui se produisent généralement dans tous les couples, comme la crise des débuts, lorsqu’il faut apprendre à rendre compatibles les différences et à se détacher des parents ; ou la crise de l’arrivée de l’enfant, avec ses nouveaux défis émotionnels ; la crise de l’allaitement, qui change les habitudes du couple ; la crise de l’adolescence de l’enfant, qui exige beaucoup d’énergie, déstabilise les parents et parfois les oppose l’un à l’autre ; la crise du ‘‘nid vide’’, qui oblige le couple à se regarder de nouveau lui-même ; la crise qui a son origine dans la vieillesse des parents des conjoints, qui demandent plus de présence, de soins et de décisions difficiles. Ce sont des situations exigeantes, qui provoquent des peurs, des sentiments de culpabilité, des dépressions ou des fatigues pouvant affecter gravement l’union.
  4. Par exemple, la sensation de ne pas recevoir complètement la pareille, les jalousies, les différences qui surgissent entre les deux, l’attraction qu’éveillent d’autres personnes, les nouveaux intérêts qui tendent à accaparer le cœur, les changements physiques du conjoint, et tant d’autres choses qui, plus que des atteintes à l’amour, sont des opportunités qui invitent à le recréer une fois de plus.
  5. chaque crise est comme un nouveau ‘‘oui’’ qui permet à l’amour de renaître fortifié, transfiguré, mûri, illuminé… aujourd’hui nous découvrons qu’il est « particulièrement urgent de mettre en place un ministère dédié à ceux dont la relation conjugale s’est brisée ».

Accompagner après les ruptures et les divorces

  1. La souffrance de ceux qui ont subi injustement la séparation, le divorce ou l’abandon doit être accueillie et mise en valeur, de même que la souffrance de ceux qui ont été contraints de rompre la vie en commun à cause des mauvais traitements de leur conjoint. Le pardon pour l’injustice subie n’est pas facile, mais c’est un chemin que la grâce rend possible. D’où la nécessité d’une pastorale de la réconciliation et de la médiation, notamment à travers des centres d’écoute spécialisés qu’il faut organiser dans les diocèses ».
  2. Il est important de faire en sorte que les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union sentent qu’elles font partie de l’Église, qu’elles  ‘‘ne sont pas excommuniées’’ et qu’elles ne sont pas traitées comme telles, car elles sont inclues dans la communion ecclésiale.
  3. Je supplie les parents séparés : « il ne faut jamais, jamais, jamais prendre un enfant comme otage ! Vous vous êtes séparés en raison de nombreuses difficultés et motifs, la vie vous a fait vivre cette épreuve, mais que les enfants ne soient pas ceux qui portent le poids de cette séparation, qu’ils ne soient pas utilisés comme otages contre l’autre conjoint, qu’ils grandissent en entendant leur maman dire du bien de leur papa, bien qu’ils ne soient pas ensemble, et que leur papa parle bien de leur maman ».
  4. Aider à guérir les blessures des parents et les protéger spirituellement est un bien pour les enfants aussi, qui ont besoin du visage familial de l’Église qui les protège dans cette expérience traumatisante.

Certaines situations complexes

  1. Il s’agit, au contraire, d’assurer un accompagnement respectueux des familles, afin que leurs membres qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie.

Quand la mort transperce de son aiguillon

  1. À un certain moment du deuil, il faut aider à découvrir que nous qui avons perdu un être cher, nous avons encore une mission à accomplir, et que cela ne nous fait pas du bien de vouloir prolonger la souffrance, comme si elle constituait un hommage. La personne aimée n’a pas besoin de notre souffrance et ce n’est pas flatteur pour elle que nous ruinions nos viesL’amour a une intuition qui lui permet d’écouter sans sons et de voir dans l’invisible.

SEPTIÈME CHAPITRE  – RENFORCER L’ÉDUCATION DES ENFANTS

Où sont les enfants ?

  1. Ce qui importe surtout, c’est de créer chez l’enfant, par beaucoup d’amour, des processus de maturation de sa liberté, de formation, de croissance intégrale, de culture d’une authentique autonomie.
  2. L’éducation comporte la tâche de promouvoir des libertés responsables, qui opèrent des choix à la croisée des chemins de manière sensée et intelligente, de promouvoir des personnes qui comprennent pleinement que leur vie et celle de leur communauté sont dans leurs mains et que cette liberté est un don immense.

La formation morale des enfants

  1. cette formation doit se réaliser de façon inductive, de telle manière que l’enfant puisse arriver à découvrir par lui-même la portée de certaines valeurs, principes et normes, au lieu de se les voir imposées comme des vérités irréfutables.
  2. il est inefficace de demander quelque chose qui exige un effort et des renoncements, sans indiquer clairement le bien qui peut en résulter.
  3. La liberté est une chose merveilleuse, mais nous pouvons l’abîmer

La valeur de la sanction comme stimulation

  1. L’enfant coupable d’une mauvaise action doit être repris, mais jamais comme un ennemi ou comme celui sur lequel l’on décharge sa propre agressivité.

Réalisme patient

  1. On ne distingue pas toujours clairement un acte ‘‘volontaire’’ d’un acte ‘‘libre’’. Quelqu’un peut vouloir une chose mauvaise avec une grande force de volonté, mais à cause d’une passion irrésistible ou d’une mauvaise éducation. Dans ce cas, sa décision est très volontaire, elle ne contredit pas l’inclinaison de son propre vouloir, mais elle n’est pas libre, parce qu’il lui est devenu impossible de ne pas opter pour ce mal.

La vie familiale comme lieu d’éducation

  1. Il ne s’agit pas d’interdire aux jeunes de jouer avec les dispositifs électroniques, mais de trouver la manière de créer en eux la capacité de distinguer les diverses logiques et de ne pas appliquer la vitesse digitale à tous les domaines de la vie. Reporter n’est pas nier le désir mais retarder sa satisfaction.

Oui à l’éducation sexuelle

  1. Ce n’est qu’en se débarrassant de la peur de la différence qu’on peut finir par se libérer de l’immanence de son propre être et de la fascination de soi-même.

Transmettre la foi

  1. « c’est beau quand les mamans enseignent à leurs petits enfants à envoyer un baiser à Jésus ou à la Vierge. [Que] de tendresse se trouve en cela ! A ce moment le cœur des enfants se transforme en lieu de prière ».
  2. Je voudrais exprimer, de façon spéciale, ma gratitude à toutes les mères qui prient constamment, comme le faisait sainte Monique, pour leurs enfants qui se sont éloignés du Christ.

HUITIÈME CHAPITRE – ACCOMPAGNER, DISCERNER ET INTÉGRER LA FRAGILITÉ

Les normes et le discernement

  1. Rappelons-nous qu’« un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés ».

La logique de la miséricorde pastorale

  1. parfois « nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ».
  2. Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile.

NEUVIÈME CHAPITRE  – SPIRITUALITE MATRIMONIALE ET FAMILIALE

Spiritualité de la communion surnaturelle

  1. En définitive, la spiritualité matrimoniale est la spiritualité du lien habité par l’amour divin.

Spiritualité de l’amour exclusif et libre

  1. « il est difficile que celui qui ne décide pas d’aimer pour toujours, puisse aimer vraiment pour un seul jour ».

Spiritualité de l’attention, de la consolation et de l’encouragement

  1. « vouloir fonder une famille, c’est se décider à faire partie du rêve de Dieu, choisir de rêver avec lui, vouloir construire avec lui, se joindre à lui dans cette épopée de la construction d’un monde où personne ne se sentira seul ».
  2. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise.

Texte complet :

w2.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20160319_amoris-laetitia.html

Pour aller plus loin :

L’homélie du Cardinal André Vingt-Trois pour la veillée de prière pour la vie :

Pour aller encore plus loin avec le Diocèse de Paris : Amoris Laetitia

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