image Veuve enfants, Pixabay copyright :mohamed_hassan

Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres

“Donner quand on n’a plus rien, attitude folle ou de sérénité, attitude de foi, fécondée par le don sans réserve.”

Lectures : 32ieme dimanche temps ordinaire : 1R17,10-16/He9,24-28/Mc12,38-44

« Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 41-44)

Sommes –nous assez fous ?

Peut-être connaissez-vous ce conte dont je me suis rappelé en méditant les textes de ce jour. C’est l’histoire d’un pauvre mendiant qui rencontre le cortège rutilant du roi. En le voyant, il pense que c’est son jour de chance. Alors, il tend la main vers le char en or. A sa grande surprise, le roi lui demande : Qu’as-tu à me donner ? Le mendiant déçu cherche au fond de son sac quelques grains de blé et il en donne un au roi. A la fin de la journée, le mendiant fait ses comptes. Et dans ses pauvres grains, il en trouve un en or et se dit en pleurant qu’il aurait du tout donner.

Les textes de ce dimanche nous parlent de deux veuves, celle de Sarepta, c’est à une pauvre veuve qu’Elie fait appel en cette période de famine. Contrairement au mendiant, elle donne tout le peu dont elle dispose. Et c’est avec ce peu que le Seigneur a réalisé de grandes choses. Sa farine et son huile ne s’épuisèrent pas. Pour nous chrétiens, cette veuve est le visage de la foi qui partage.

et la veuve de Jérusalem, une pauvre veuve qui dépose « deux petites pièces de monnaie ». Personne ne l’a remarquée. Mais sans le savoir, elle a attiré l’attention de Jésus qui sait découvrir les beautés cachées au fond des cœurs. Le regard de Dieu voit mieux que nous ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Cette veuve n’a rien mais elle donne  tout : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. C’est à Dieu qu’elle donne tout. C’est en lui qu’elle met toute sa confiance. Oui, heureux les pauvres de cœur, ils sont proclamés heureux, non à cause de leur misère, mais parce que le Royaume des cieux est à eux. Le Royaume commence avec les femmes et les hommes qui ouvrent leur cœur et leurs mains, qui les tendent et qui offrent. « Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné ». 

Ces deux femmes qui n’ont plus rien savent encore donner. Leur attitude n’est pas guidée par des soucis d’assurance, de sécurité. Elles font un don sans calcul, grande est leur foi ! Folle attitude au regard de nos logiques de sécurité et d’assurance. Attitude de foi, de confiance à travers leur don sans réserve. Attitude semblable à celle de Jésus qui s’est dessaisi de tout pour se donner à tous.

Puissions-nous comprendre, avec le cœur, le message de ces deux femmes et tout particulièrement celui de la veuve donnant son obole au temple de Jérusalem. Elle sait déjà que Dieu ne l’abandonnera pas. Cette femme qui donne toute sa vie, tout ce qu’elle a pour vivre, elle est l’icône d’une générosité extrême et désintéressée, elle est l’icône même de Dieu. Oui, avons-nous remarqué qu’elle est une des plus belles images de Jésus ? Elle rejette nos calculs du nécessaire, sa foi exorcise nos peurs de manquer, toutes ces attitudes très humaines : demain aurais-je encore ma place ? Une retraite suffisante ? Et qu’est-ce ce qui va me tomber dessus : un accident, une maladie grave ? Autant de pensées qui ne sont pas de la bonne terre pour cultiver notre générosité. La veuve, elle, met toute sa confiance en Dieu qui est tout amour. Lui, Il n’a pas calculé. Il a tout donné : « de riche qu’Il était, Dieu s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté », nous rappelle saint Paul. Son dépouillement est semblable à celui du Christ livrant sa vie. Au lieu de donner ses ultimes ressources, Jésus s’offrira Lui-même pour enlever les péchés de la multitude. Il a tout donné jusqu’au bout sur la croix. Et il continue à se donner pour chacun de nous. La lettre aux Hébreux, que nous venons d’entendre, nous rappelle que la passion du Christ à changé l’histoire. En Lui, tous les hommes sont sauvés.

Cet évangile de la veuve nous provoque surtout à réviser le critère de notre générosité : ce qui prime, ce n’est pas la quantité de ce que nous donnons, mais le dépouillement effectif de ce à quoi nous tenons le plus. En donnant, nous avons parfois l’impression de perdre, même de nous perdre. Donner c’est gagner pour la Vie !

Le Seigneur souhaite que nous soyons ainsi devant Lui. Il attend de nous que nous donnions le meilleur de nous-mêmes pour chacun de ceux que la vie nous fait rencontrer. C’est ainsi que Jésus a donné Sa vie. Nous ne pouvons pas nous contenter de belles paroles. Le Seigneur attend de nous que nous mettions notre vie en accord avec l’amour qui est en Lui. Ce qui fait la valeur d’une vie, c’est notre amour de tous les jours pour tous ceux et celles qui nous entourent, c’est de vivre cette logique de l’amour, tout donnés aux autres, tout donnés à Dieu.

Peut-être pouvons-nous nous interroger sur la façon dont nous donnons, dont nous vivons notre relation à Dieu ou aux autres : est-ce dans l’élan de l’amour ou dans le retour sur nous-mêmes ? Le paraître, le semblant, l’hypocrisie défigurent la beauté du visage de l’homme abîmant dans le même mouvement l’image de Dieu. Au fond, nous le savons bien, ce qui nous fait vraiment vivre, nous autres chrétiens aujourd’hui, ce ne sont pas d’abord nos habitudes, nos rôles, nos petits pouvoirs, ni même nos plus ou moins grandes sécurités, c’est notre capacité à être témoins de l’amour de Dieu, notre capacité à tout miser, dans la confiance en Son amour. Une porte ouverte, une main tendue, une oreille qui écoute, une parole qui relève sont autant de signes de l’amour de Dieu.

Que l’Esprit nous apprenne, chaque jour, que le secret de Jésus consiste à perdre sa vie en la donnant. Tant que notre foi flirtera avec nos peurs, nous resterons dans des générosités très, très sages. Sommes-nous assez fous ? Sommes-nous prêts à dire, de toute notre foi, avec ceux qui transforment le monde secrètement en donnant, non pas le trop plein de leur superflu, mais un peu de ce qu’ils sont, dans leur totale confiance : « Notre Père, donne nous notre pain de ce jour.. » ?

Homélie Francis Corbière

Orgue :Au grand Orgue, Guy Didier

Les petites préludes et fugues de J.S Bach

– Entrée : “Prélude et fugue en Mi mineur”
– Offertoire: “Prélude et fugue en Fa majeur”
– Communion: “Prélude et fugue en Sol mineur”
– Sortie: “Prélude et fugue en La mineur”

Sur wikipedia :

A lire également : Les autres homélies du Père Francis Corbière

A lire également la feuille paroissiale

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