Archives de catégorie : Hermanowicz

Les homélies du Père Christophe Hermanovicz

Les Rameaux et la Passion du Christ 2021

Les Rameaux et la Passion du Christ 2021

Lecture du jour :

Chers Frères et Sœurs

Voici que symboliquement, nous sommes entrés avec le Seigneur à Jérusalem, criant : « Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Monté sur un ân et non sur les nuées du ciel, le Seigneur entre comme un roi et c’est pour nous un signe et un appel. Dans un monde de justice, non marqué par le péché comme est le nôtre, il serait venu sur les nuées du ciel mais, pour nous pécheurs, il vient en roi pacifique sur cet ân que personne n’a encore monté et qu’il restituera juste après. Il y a ceux qui marchent devant, il y a ceux qui marchent derrière, il y a ceux qui ne sont pas encore venus mais tous nous sommes invités à le suivre.
« Béni soit le règne qui vient, Hosanna au plus haut des cieux », avons-nous encore chanté. En écoutant le récit de la Passion tel que Marc nous la raconte, nous voyons se réaliser ce qui était annoncé dans le récit de l’entrée à Jérusalem. Nous entendons comment le Règne de Dieu arrive et comment nous sommes tous invités à y prendre part comme à la table d’un festin.
Comme l’annonce le psaume : « la terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui. Oui au Seigneur la royauté ». Mais le chemin par lequel le Christ y parvient et où nous sommes invités à le suivre est celui où il est triste à en mourir, livré aux mains des pécheurs, accusé par de faux témoins, tourné en dérision et insulté. C’est sur cette voie du salut qu’il donne sa vie après avoir fait sienne la prière de tous ceux qui se sentent abandonnés par Dieu.
C’est le même psaume qui dit en effet :
« Mon Dieu, Mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Ils me percent les mains et les pieds,
Je peux compter tous mes os,
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort on vêtement »

Oui Frères et Sœurs, voici comment le règne de Dieu a été révélé, voici comment la joie est entrée dans le monde, voici comment la louange universelle peut éclater lorsque Jésus poussant un grand cri expira et que le voile du temple se déchira. Jésus, le Christ, le Messie, Dieu fait homme nous a tous rejoint dans la détresse pour que resplendisse la croix comme arbre de la rédemption et que le centurion, premier fruit de toutes les nations s’écrie : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu »
Voilà le chemin, où nous sommes invités, non avec nos propres forces mais par la grâce de Dieu, ceux qui marchent devant, ceux qui marchent derrière et ceux qui ne sont pas encore venus. C’est le chemin de la vie qui se donne, qui se partage pour en sauver d’autres comme le bateau qui recueille un migrant en mer, comme le médecin ou l’infirmier qui soigne un malade de covid, comme la mère ou le père qui font tout pour bien élever leurs enfants et comme dans d’autres gestes de dons qui sont discrets ou invisibles. D’une certaine manière nous n’avons pas à chercher ce qu’il faut faire, cherchons juste à suivre le Christ.

Vivons donc ces prochains jours comment un temps privilégié pour prendre mieux conscience de ce qui nous unis au Christ qui, par sa Passion, sa mort et sa résurrection, nous fait entrer, à travers l’eau du baptême, dans une vie et une espérance qui ne déçoivent jamais.

Pensons tout particulièrement aux trois catéchumènes qui se préparent à vivre cette Semaine Sainte comme le dernier chemin avant leur baptême et qui revêtiront le vêtement blanc des disciples du Christ ressuscité.

Au cours de la Semaine sainte, nous pourrons prier, méditer, contempler le Christ tout au long de sa passion jusqu’au matin de Pâques. Avec ce que nous sommes, avec nos difficultés, nos inquiétudes et nos péchés, avec tout ce qui vit notre monde de tragique en ces temps actuels de la pandémie, nous pourrons prendre notre place sur le chemin de croix de Jésus.

Ainsi nous y invite saint Grégoire de Naziance:

« Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suis-le.

Si tu es crucifié avec lui, comme le malfaiteur, reconnais comme cet homme juste, qu’il est Dieu…

Si tu es Joseph d’Arimatie, réclame le corps à celui qui l’a fait mettre en croix : que ton souci soit le rachat du monde.

Si tu es Nicodème, cet adorateur de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums.

Si tu es une des saintes femmes, l’une ou l’autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va-le pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même. »

Ce chemin de la Semaine Sainte, nous le faisons aussi avec Marie, jusqu’au pied de la croix, jusqu’au tombeau et jusqu’à l’aube de Pâques où la vie triomphe de la mort, où l’espérance devient possible, où le Christ ressuscité vient de nouveau marcher sur les routes humaines, à nos côtés, comme il le fit sur le chemin d’Emmaüs. Que Marie, Notre-Dame, avec Saint Joseph, que nous honorons cette année, nous accompagnent tout au long de cette semaine ! Bonne Semaine sainte à tous !

C. Hermanowicz

Autres homélies du Père Christophe  Hermanowicz

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2EME DIMANCHE DE CAREME 2021 : Celui-ci est mon Fils bien-aimé

2EME DIMANCHE DE CAREME 2021

Lecture du jour :

Jésus choisit trois de ses disciples (Pierre, Jacques et Jean), part avec eux à l’écart, sur une montagne et là, il se transfigure ! Non seulement il se « montre autrement » mais les disciples y voient encore Elie et Moïse et entendent une voix qui leur dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en qui je trouve ma joie. Ecoutez-le ! » 

Ils ne pourront jamais l’oublier. Ils n’ont d’ailleurs jamais pu l’oublier. Ils devraient en être tous saisis et retournés ou traversés par cet évènement. Comment peut-il en être autrement ? Devant cette « christophanie », c’est-à-dire cette manifestation spectaculaire de Jésus transfiguré ? Ce que décrit Marc dans son évangile est un évènement tellement important pour les chrétiens, donc pour nous aussi aujourd’hui, que l’Eglise, depuis le quatrième siècle, en a fait une fête liturgique.

Ce n’est pas un hasard que les trois mêmes ApôtresPierre Jacques et Jean l’on retrouvera à Gethsémani, lors de l’agonie de Jésus. Oui, ces trois « privilégiés » ont vécu, ce qu’on appelle, dans la mystique : « une expérience fondamentale. »  

Ils en sont tellement marqués que, des années après la résurrection de Jésus, Saint Pierre écrira ces mots dans sa deuxième lettre, chapitre 1 : «C’est pour avoir été des témoins oculaires de sa grandeur, que nous vous avons fait connaître la puissance et le venu de notre Seigneur Jésus. » Cette voix, nous l’avons entendue nous-mêmes quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. » (2 P 1, 16)

Par ailleurs, Saint Jean qui a vécu lui aussi cet événement unique, rend témoignage dès les débuts de sa première épître avec ces mots : « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, et que nos mains ont touché du Verbe de vie, (...) nous rendons témoignage, et nous vous l’annonçons, à vous aussi afin que vous soyez en communion avec nous. » (1 Jn 1-4)

Mais qu’est-ce qu’ils ont vu sur cette montagne ?

Les mots manquent pour l’exprimer. Selon les termes grecs utilisés par saint Matthieu dans son évangile, il s’agit d’une véritable métamorphose. Jésus, le Fils de l’Homme, est le même et pourtant il est tout autre : il est revêtu de Lumière, de gloire, de splendeur, de grandeur, de blancheur et d’éclat. Il était éblouissant de majesté. C’était grandiose.

La transfiguration est un changement d’une figure, d’une forme, d’un aspect en un autre. Mais bien plus encore : on peut dire que dans le mystère de la transfiguration, le temps s’arrête dans sa dimension terrestre pour se connecter au céleste : le passé et l’avenir représentés ici par les grandes et belles figures de Moïse et Élie se nouent pour atteindre leur point oméga dans le présent incarné par Jésus-Christ.

Il est donc Celui qui a les clés de la Cité céleste. Ap 1,18/ 21,1ss

À Lui sont données comme l’écrit le prophète Daniel : « Domination, gloire et royauté. » Cette exaltation, cette transfiguration de Jésus est une révélation de la grandeur dont il est habité depuis toujours de manière cachée.

Frères et sœurs, quelle bonne nouvelle pour nous, ! Quelle bonne nouvelle pour nous, qui vivons cette situation très difficile de la pandémie. Tant des malades, tant de souffrances et d’inquiétude depuis plus qu’un an. L’évènement de la Transfiguration de Jésus nous rappelle qu’à travers les vicissitudes de la vie, par-delà les soucis de tous jours, au travers des épreuves et difficultés de tous genres, nous ne devons pas perdre de vue cette dimension éternelle de notre être.

Vous tous qui êtes baptisés ne savez-vous pas que vous avez revêtu le Christ ? (Ga 3,27) Par cette consécration baptismale, nous sommes revêtus de gloire. Il est vrai que ce que nous sommes ne paraît pas encore clairement. Mais il est clair que ce que nous sommes dépasse bien largement ce que nous paraissons, puisque nous sommes assumés comme membres du corps du Christ ressuscité, cohéritiers avec lui appelés à la gloire de la divinisation. C’est cela que, en ce deuxième dimanche du Carême, nous rappelle l’évangile.

La seule condition est de suivre Jésus comme les apôtres, en acceptant de gravir la montagne, de prendre de la hauteur. Pour écouter la voix du Père. Et entendre Pierre s’exclamer « il est heureux que nous soyons ici ! »

Gravir la montagne, prendre de la hauteur : chemin de conversion, chemin de Carême…

Il nous faut aussi souvent méditer cette exclamation de Saint Pierre : « il est heureux que nous soyons ici ! » Elle nous invite à développer une forme de spiritualité. Celle qui permet de reconnaître les présences de Dieu dans notre vie et notre histoire.

« Il est heureux que nous soyons ici ! » : cela consiste à cueillir l’instant qui s’offre à nous. À recueillir les grâces qui nous sont données. Cela consiste à essayer d’habiter le moment qui nous est donné comme présent. Nous sommes ainsi invités à goûter le temps s’ouvre pour en percevoir les nuances. Dire il est heureux que nous soyons ici, c’est célébrer son bonheur sans tarder. C’est planter sa tente comme citoyen de la terre. « Il est heureux que nous soyons ici ! » consiste à œuvrer chaque jour pour l’homme, pour notre planète et son progrès par-delà toutes considérations partisanes et idéologiques.

Et à la fin je vous propose cette invitation de saint Anastase de Sinaï (moine, VIIs) :

« Accourons donc, dans la confiance et l’allégresse, et pénétrons dans la nuée, ainsi que Moïse et Elie, ainsi que Jacques et Jean. Comme Pierre, sois emporté dans cette contemplation et cette manifestation divines, soit magnifiquement transformé, sois emporté hors du monde, enlevé de cette terre ; abandonne la chair, quitte la création et tourne-toi vers le Créateur à qui Pierre disait, ravi hors de lui-même : Seigneur, il nous est bon d’être ici !

Certainement, Pierre, il est vraiment bon d’être ici avec Jésus, et d’y être pour toujours. Qu’y a-t-il de plus heureux, qu’y a-t-il de plus sublime, qu’y a-t-il de plus noble que d’être avec Dieu, que d’être transfiguré en Dieu dans la lumière ? Certes, chacun de nous possédant Dieu dans son cœur, et transfiguré à l’image de Dieu doit dire avec joie : Il nous est bon d’être ici, où tout est lumineux, où il y a joie, plaisir et allégresse, où tout, dans notre cœur, est paisible, calme et imperturbable, où l’on voit Dieu : là il fait sa demeure avec le Père et il dit, en y arrivant : Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison. Là tous les trésors des biens éternels sont présents et accumulés. Là sont présentées comme dans un miroir les prémices et les images de toute l’éternité à venir.”

C. Hermanowicz

Autres homélies du Père Christophe  Hermanowicz

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La vie est un don qui est dans nos mains

La liturgie du jour :

Le cri de Job est celui de la souffrance innocente. Il blasphème et il adore, il en appelle à Dieu contre Dieu. Il refuse les explications toutes faites du mal et de la souffrance que lui opposent ses amis.

La souffrance reste une énigme et la mort aussi. Il n’y a pas de réponse. Il y a une Présence mystérieuse au cœur du mal, que Job a pressenti. Saint Paul a compris quand, à la suite de Jésus, il veut devenir « le serviteur de tous » et se faire « tout à tous ». Nous avons besoin de témoins qui révèlent la présence agissante de Dieu au sein du malheur et de l’injustice.

Job réclamait une explication à la souffrance. Sur ce point, Jésus ne répond pas. La souffrance n’est pas de l’ordre de l’explicable, elle est de l’ordre du mystère. Selon le beau mot de Paul Claudel, il n’est pas venu « supprimer le mal, encore moins l’expliquer ; il est venu le remplir de sa présence ». Continuer la lecture de La vie est un don qui est dans nos mains