Archives de catégorie : Homélie

Les homélies du Dimanche

Fête du Christ Roi de l’univers

Lectures du jour : 

Christ Roi – Jn 18, 33-37

« Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37).

 

C’est la première fois que Jésus exprime aussi clairement l’objet de sa vocation et de sa mission: « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».

Devant une telle confidence Pilate se lance dans une question philosophique: « Qu’est-ce la vérité »? Il ne sait pas que la vérité n’est pas un objet à posséder. Il ne sait pas que la vérité est une personne. « Je suis le chemin, la vérité, la vie » – nous rassure Jésus.

Chers frères et sœurs, chacun d’entre nous a le pouvoir de juger, d’acquitter ou de condamner, car nos actions ne sont jamais que les nôtres; nos paroles ne sont jamais sans effet. La manière dont nous gérons ce pouvoir dit quelque chose de nous. Elle nous révèle. Comme Pilate, nous sommes constamment confrontés à l’urgence de décider ce que nous voulons faire de la vie d’un autre. Pilate, lui, il veut livrer Jésus au jugement des autres parce qu’il cherche à se libérer de la peur de se tromper. C’est un homme qui ne va pas jusqu’au bout. Son pouvoir a besoin d’être approuvé par la foule. Il s’appuie sur la logique du sondage pré-électoral. Son image l’obsède!

Quant à Jésus, il est un homme libre. Il sait « qui il est », et pourquoi il est venu dans ce monde: Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité.

Le pape Jean Paul II a été demandé par André Frossard, journaliste et académicien français mort en 1995, de lui dire une seule phrase qui, d’après lui, résume le message évangélique apporté par Jésus. Jean Paul II a répondu: « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».

Chers amis, pour les chrétiens il n’y a pas d’autre vérité que celle de Jésus. Cette vérité c’est sa vie, sa parole, ses gestes. Mais est-ce que nous y tenons vraiment? C’est une question grave, car « si nous ne tenons pas à Lui, nous ne pouvons pas tenir » (Isaïe 7, 9).

Et encore une petite chose. On dit que la réforme la plus importante qu’aura tentée le pape François durant son pontificat, restera celle de la synodalité. En effet, nous entendons ce terme de plus en plus! Mais qu’est-ce que la synodalité?

Le mot « synodalité » vient du grec sun-odos, ce qui veut dire « une route parcourue ensemble ». À travers cette notion, la synodalité se présente comme un parcours, un processus, une manière de marcher ensemble durant laquelle il s’agit d’écouter et de discerner la volonté de Dieu pour l’Église de ce temps, en impliquant la totalité des baptisés. La synodalité n’est pas donc un but, c’est un chemin communautaire et apostolique; c’est un « style de vie ecclésiale », un état d’esprit profondément enraciné dans des réalités spirituelles.

Ici, je me permets de dire (peut-être) une hérésie. Vous pouvez me dénoncer. J’en serai très content. La voici: « Dieu en Lui-même est synodal », parce qu’il est Un et Trine. En effet, notre Dieu n’est pas quelqu’un qui se regarde, qui s’admire, qui se célèbre… Le Père ne se regarde pas. Il n’est qu’un regard vers le Fils qui n’est qu’un regard vers le Père. Et le Père et le Fils ne s’idolâtrent pas: ils ne sont qu’un élan vers le Saint Esprit qui respire le Père et le Fils.

Je suis profondément persuadé que le mystère de Dieu dans sa dimension trinitaire devait nous servir comme modèle achevé de la synodalité, car ce qui se joue dans un perpétuel jaillissement au sein de la Sainte Trinité, s’exprime aussi dans l’histoire des hommes; dans l’histoire du salut. De toutes les façons, si nous ne nous inspirons pas suffisamment la Sainte Trinité, toutes nos démarches humaines de synodalité, seront vouées à l’échec. Autrement dit, la synodalité sera l’imitation de la Sainte Trinité ou elle ne sera qu’un concept théorique qui – comme le chante si bien Léo Ferré – passera avec le temps: « Avec le temps tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs ».

Voilà le mystère de notre Dieu et de son Royaume: faire exister l’autre! Par conséquent, il n’y a qu’une seule porte d’entrée dans le Royaume du Christ, elle s’appelle « le don de soi ». Ainsi, chaque geste – si petit soit-il – de justice, de paix, de solidarité, de partage… fait venir le Royaume de Dieu parmi les hommes. Ainsi soit-il, pour nous aussi!

Père Stanislas

Autre homélies du Père Stanislas

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5ème Journée mondiale des pauvres

33ème dimanche du temps ordinaire : Année B

Le partage engendre la fraternité. L’aumône est occasionnelle ; tandis que le partage est durable.

Lectures du jour : 

Ce discours concerne la manifestation de Jésus à la fin des temps. Marc utilise pour cela le langage apocalyptique de son époque afin de fortifier l’espérance au milieu des épreuves. Il est donc clair que Marc n’entend pas nous donner ici une description de la fin du monde, mais il annonce une intervention décisive du Seigneur accomplissant les derniers temps au cours de son ultime manifestation.

Les bouleversements du monde ne sont pas seulement les signes lointains d’une fin des temps. Nous constatons tous les jours les catastrophes naturelles dues au réchauffement climatique, à la pandémie, et les dangers d’une planète livrée à la voracité des humains, les migrants, à travers le monde, abandonnés à la mort. Nous constatons aussi cette mortifère indifférence où l’homme n’est considéré que comme un objet et non plus dans sa dignité, cette terrible violence qui abime et détruit tant d’hommes et de femmes dans notre monde. Et « Dans notre église, hélas, aussi, qui, loin de porter la vie et d’ouvrir à la liberté spirituelle, a pu laisser se développer un système qui a abimé et bafoué trop d’êtres humains », comme le rappelait le président des évêques de France à Lourdes. Continuer la lecture de 5ème Journée mondiale des pauvres

Méfiez-vous des scribes !

Lectures du jour : 

Méfiez-vous des scribes !

La première lecture de ce dimanche nous raconte l’épisode du prophète Elie et de la veuve de Sarepta. Cette femme, étant veuve, n’hésite pas à sacrifier la seule nourriture qui lui reste, à elle et à son fils, pour nourrir le prophète Elie – confiante dans la Parole du Seigneur qui lui est parvenue par la bouche de son prophète: « N’aie pas peur… car la vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre ».

L’évangile de ce dimanche met devant nos yeux une autre veuve, venue déposer dans le trésor du Temple deux piécettes: tout ce qu’elle possédait. Seul Jésus remarque le geste discret de cette femme et déclare à son sujet: « Amen, je vous le dis: cette pauvre veuve a donné plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris de leur superflu, mais, elle, elle a pris sur son indigence: elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ».

Que nous enseignent ces deux veuves?

Elles nous enseignent avant tout que le véritable don est total, discret et gratuit. En effet, la pauvre veuve de l’évangile aurait pu offrir à Dieu une piécette, et garder l’autre pour elle, vu sa situation de précarité. Mais telle n’est pas sa logique. Elle donne tout. Et elle le fait discrètement, car donner ce n’est pas marchander pour retirer de la satisfaction ou de la reconnaissance. Le vrai don s’accompagne toujours de la discrétion et de la gratuité.

On raconte qu’un jour Dieu a organisé une grande fête au ciel, en y invitant toutes les vertus: foi, espérance, charité, courage, justice, prudence, vérité, fidélité.., toutes sont venues au rendez-vous. Toutes se sont présentées, saluées, échangées entre elles, partagées leurs expériences. Cependant, deux vertus ce sont soigneusement évitées. Elles avez du mal à se rencontre et à se parler. En le remarquant, Dieu Lui-même les a cherché. Il a amené l’une à l’autre en disant: « Charité, voici la gratuité ». Elles se sont saluées, mais dès que Dieu les a laissé pour aller parler aux autres, elles se sont tout de suite séparées!

Le message de cette petite histoire est tel que seulement à Dieu, et en Dieu – qu’il est possible de réunir la charité et la gratuité. En effet, l’homme, en se donnant, cherche toujours à retirer quelques satisfactions, quelques profits ou quelques  reconnaissances. Il a du mal à se donner totalement, discrètement et gratuitement.

Voilà pourquoi Jésus nous dit dans l’évangile de ce dimanche: « Méfiez-vous des scribes », c’est-à-dire méfiez-vous des séducteurs! De ceux qui veulent être aimés sans jamais s’impliquer pleinement; de ceux qui ne cherchent qu’à s’assurer un avantage sur les autres. En effet, il y a des gens qui, où qu’ils soient, font du bruit: ils sont comme des enfants qui demandent constamment qu’on les regarde. Ils utilisent tout pour être vus. Ils ne se soucient pas des autres. Pour eux, l’autre, est quelqu’un qu’ils peuvent utiliser pour être vu et admirés.

Ces personnes sont généralement très dangereuses. Voilà pourquoi Jésus nous suggère de nous en éloigner: « Méfiez-vous des scribes ». Les scribes auxquels il fait allusion, semblent correspondre à cette description du séducteur manipulateur. Ils utilisent même de bonnes choses comme la prière, la prédication, les actions caritatives, la liturgie et les événements publics pour atteindre leur but, celui d’être vus et admirés.

Et puis, les séducteurs établissent toujours des relations asymétriques, c’est-à-dire s’entourent de personnes généralement faibles, car ce n’est qu’ainsi qu’ils peuvent occuper constamment la scène.

Au contraire, ceux qui aiment vraiment ne font pas de bruit, tout comme les deux pièces de monnaie que la pauvre veuve jette dans le trésor du temple sous le regard de Jésus. Pour Jésus, cette femme est le modèle de ceux qui savent jouer le jeu à fond dans les relations, ne gardant rien pour eux, et ne trompant pas. Elle se jette dans ce type de la relation discrète et gratuite, tout comme elle jette ces deux pièces de monnaie dans le trésor.

On peut dire que deux logiques s’affrontent dans l’Evangile de ce dimanche: celle du « pour soi », et celle du « pour l’autre ». A la première logique est lié le verbe « prendre pour soi »; à la seconde, le verbe « donner pour l’autre », et surtout se donner totalement, gratuitement et discrètement. Puissions-nous entrer davantage dans la seconde logique. C’est la logique du Royaume des cieux que Jésus en premier a mis en pratique.

Autre homélies du Père Stanislas

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Edito

Méfiance! Un mot qu’on souhaiterait voir banni de toutes les langues. Se méfier de quelqu’un, c’est ne pas avoir foi en lui. En effet, méfiance s’oppose à la confiance. Et pourtant, Jésus n’hésite pas de nous avertir dans l’évangile de ce dimanche: « Méfiez-vous des scribes », c’est-à-dire des séducteurs, de ceux qui veulent être aimés sans jamais s’impliquer pleinement; de ceux qui ne cherchent qu’à s’assurer un avantage sur les autres. Eh bien, à ces scribes-séducteurs, Jésus présente une pauvre veuve qui donne tout, et qui y met tout son coeur.
On peut dire que deux logiques s’affrontent dans l’Evangile de ce dimanche: celle du « pour soi », et celle du « pour l’autre ». A la première logique est lié le verbe « prendre pour soi »; à la seconde le verbe « donner pour l’autre ».
C’est dans cette logique que notre paroisse Saint Jacques – Saint Christophe cherche à vivre sa dimension caritative à travers l’épicerie solidaire, le café du jeudi matin, l’hiver solidaire, la maraude de chaque vendredi soir, les écrivains publics et l’attention à des migrants.
Je voudrais vous informer que le Père Christophe Hermanowicz sera à mes côtés pour assurer l’animation et la coordination de cet élan caritatif au sein de notre communauté paroissiale avec le soutien de l’ensemble de nos bénévoles qui participent avec un grand dévouement à ces activités.
Que le Père Christophe en soit remercié. Son apport sera précieux et nous permettra de poursuivre les actions caritatives de notre paroisse qu’il connaît parfaitement pour les avoir soutenues et développées pendant six années.

Père Stanislas