Atelier Biblique-l’appel de Moïse-le buisson ardent

Atelier biblique : l’appel de Moïse

Atelier animé par Elisabeth Smadja 15/10/2013

Le contexte.

Texte du Buisson ardent.

3:1 Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian ; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.

3:2 L’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda ; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.

3:3 Moïse dit : Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.

3:4 L’Éternel vit qu’il se détournait pour voir ; et Dieu l’appela du milieu du buisson, et dit : Moïse ! Moïse ! Et il répondit : Me voici !

3:5 Dieu dit : N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.

3:6 Et il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.

3:7 L’Éternel dit : J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.

3:8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu’habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens.

3:9 Voici, les cris d’Israël sont venus jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font souffrir les Égyptiens.

3:10 Maintenant, va, je t’enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les enfants d’Israël.

3:11 Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les enfants d’Israël ?

3:12 Dieu dit : Je serai avec toi ; et ceci sera pour toi le signe que c’est moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir d’Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne.

 

Q : Moïse a-t-il eu des enfants ?

ES : Si, deux fils avec Tsipora. Un peu après, on nous dit qu’il va se marier avec Tsipora et qu’il a deux fils, et on nous donne les noms de ses deux fils.

Q : Comment le buisson peut-il être en feu et ne pas brûler, en fin qu’il ne se consume pas ? Et la notion de grande vision qui est juste après ?

ES : On va parler de ce texte et de ce qu’il a d’extraordinaire. C’est là qu’on voit la grandeur de Moise et sa tolérance. Il n’hésite pas à épouser Tsipora, la fille de Jethro, un sacrificateur de Madian. D’aller chez lui, de manger chez lui, de parler avec lui. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’on apprendra par la suite que Jethro se convertira au Dieu d’Israël. Il y a d’ailleurs une section qui portera son nom et qui concerne le don de la Torah. Cette section qui est la plus importante pour le peuple juif porte le nom de Jethro, pour dire que c’est ouvert à tous les peuples.

Le jour de Chavouat, où on célèbre le don de la Torah sur le mont Sinai, on lit également le livre de Ruth qui est l’arrière-arrière grand-mère du roi David, donc la souche davidique, la souche messianique. Elle  est la deuxième convertie la plus célèbre. Donc les peuples des nations font bien partie de cette promesse par Ruth, qui est d’origine Moabite, et qui devient l’aïeule du roi David, et donc du messie, de génération en génération.

On voit donc pourquoi Dieu s’adresse à Moise et qu’il le choisit. C’est quelqu’un qui a un amour du prochain ancré en lui. Il a une ouverture à tout homme quel qu’il soit.

Ensuite, on dit que l’ange lui apparut et qu’il vit un buisson en feu. Et le buisson ne se consumait point.

L’essentiel des commentaires rabbiniques sera sur la partie « je vais me détourner pour voir quelle était cette grande vision » et pourquoi le buisson ne se consumait point.

« Dieu vit qu’il se détournait pour voir »… Des mots très redondants. Pourquoi tout cela. Alors que chaque mot est important. Il y a là un enseignement d’une grande importance.

Au départ, c’est l’ange de l’Eternel qui apparut à Moise. Ensuite c’est Dieu qui parle. On voit la merveille de Dieu. Dieu choisit un buisson, qui porte des épines, l’arbre le plus minable, le plus rébarbatif. On ne va certainement pas s’approcher d’un buisson avec plein d’épines. Et pourtant c’est cela que Dieu va choisir pour se manifester, pour manifester sa grandeur, sa puissance. Et quand on parle de cela, on parle aussi de nous. On peut être ce buisson plein d’épines, pas très sympathique… Et Dieu manifeste sa grandeur, sa puissance dans ce buisson qui brûle sans se consumer. Ce qui est extraordinaire.

Ce qui est extraordinaire aussi, c’est Moise qui « va se détourner pour voir ». Là on nous dit que Moshe Rabénou a fait quelque chose d’extraordinaire. C’est un homme curieux, qui marchait sur une route, car il faisait paitre son troupeau. Et au lieu de « laisser couler », se dire j’ai des visions, là il se détourne pour voir. Moise est donc interpellé par ce qui se passe en dehors de lui dans la nature. Il fait un détour et il examine.

Dieu vit qu’il se détournait pour voir, et il l’appelle. Les sages nous disent que s’il ne s’était pas détourné pour voir, Dieu ne l’aurait pas appelé. Comme on voit qu’au début, c’est un ange de l’Eternel qui parle, ce n’est pas lui. Mas il  s’est détourné de la voie rationnelle, il s’est ouvert au surnaturel. Si on veut que Dieu nous parle, il faut avoir une ouverture, qui va nous détourner de nos croyances et de nos façons de raisonner. Il y a quelque chose du dehors qui casse nos raisonnements et qui est de l’ordre du surnaturel. On fait un détour pour voir.

Et là Dieu voit que l’on fait tout ce cheminement d’interrogations et d’ouverture. Et il nous parle. Et Moshé répond tout de suite « Me voici ». Il l’appelle deux fois, ce qui est une marque d’affection. « Moshé, Moshé ». C’est une marque d’affection. Ensuite, il lui dit d’ôter ses souliers. On peut dire que le fait d’enlever ses chaussures, c’est une façon de se dénuder mentalement, d’enlever encore une fois toutes ses croyances.

Car tu es sur une terre sainte « kadosh ». Kadosh, sacré, un mot qui veut dire aussi « en dehors », en dehors de ce que tu connais. Il faut se comporter d’une manière kadosh, enlever les chaussures, enlever ce qui nous relie à la terre, ôter notre égo. Là, dénude-toi. C’est le pauvre qui marche sans souliers.  La pauvreté de l’esprit, de la personnalité qui fait que Dieu va parler. On nous dit que Moise était l’homme le plus humble que la terre ait porté. Et c’est parce qu’il était humble que Dieu lui parle.

Son rôle sera un rôle de récepteur. Il va donner à Israël, tout ce que Dieu va lui donner. Il ne dira rien de lui-même. Il n’est que récipient. Il reçoit et il donne, il est transmetteur. Cela nous montre aussi les qualités que l’on doit avoir pour avoir une telle proximité, intimité avec Dieu. C’est aussi un don. Comment se donner aux autres.

On nous dit « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ». Alors là les sages nous questionnent encore. Pourquoi  ne dit-il pas simplement « je suis le Dieu de tes pères ». Pourquoi dire « Abraham, Isaac et Jacob ». C’est pour nous dire que chacun de ces patriarches avait une manière à lui, personnelle, de servir Dieu, qui convenait aux traits spécifiques de son caractère.

On dit qu’Abraham servait Dieu avec « Hésed », bonté. Il était bon avec tout le monde, hospitalier.

Isaac servait Dieu avec rigueur, une certaine sévérité, par rapport à la loi, la conduite.

Jacob servait Dieu en même temps avec bonté et la rigueur. Il a les deux en même temps. Une main qui donne et une main qui retient. Chaque parent, chaque éducateur doit jouer avec cela. Il faut être dans le « Tiféret », le juste milieu. Jongler avec ces deux attributs divins.

Donc même si on sert le même Dieu, le Dieu un, chacun d’entre nous sert Dieu avec sa personnalité profonde. Mais ensuite, on partage cette particularité, on la donne aux autres. Mais on n’est pas tous obligés de servir comme Abraham, comme Isaac ou Jacob. On a notre manière spécifique de servir Dieu, d’être au Christ.

Il y a plusieurs manières qui conviennent à notre âme. Ce n’est pas que les autres, ce n’est pas bien. On fait ce qui correspond à notre âme. C’est là où je vais le mieux exprimer ce qu’il y a de divin en moi et le donner  aux autres, dans un acte d’amour, de fraternité, de charité. Je ne vais pas me contraindre d’être carmélite, si je me sens franciscaine. Parce que cela fait mieux, pour plaire ou pour n’importe quelle raison.

Et si Moshé se prosterne pour ne pas voir Dieu c’est par humilité. Ce n’est pas quelqu’un qui craint Dieu, qui ne va pas oser lui parler. C’est celui qui parle avec Dieu. C’est pour cela que Dieu l’a choisi. L’humilité dans le judaïsme, ce n’est pas quelqu’un qui s’écrase, c’est quelqu’un qui connaît sa vraie valeur. Et Moise, c’est celui qui verra que lorsque le peuple a fauté au moment du veau d’or, dit « ton peuple a fauté, je les efface tous, et puis je recommence avec toi ». Et Moise dit « pas question, tu peux m’effacer moi de ton livre, mais le peuple reste, c’est le tien. » Moise est capable de se lever et de dire « Non » à Dieu, « pas question ». « Moi plutôt ». On est toujours là dans la lignée christique, pour nous qui connaissons le Christ, d’un don de sa personne, d’un don de sa vie. C’est donc un acte d’amour de son prochain, parce qu’on aime Dieu.

C’est donc cela la grandeur de Moise, et c’est ce que Dieu veut chez l’homme. Il veut un homme debout, un vis-à-vis, pas des anges, comme j’avais dit la dernière fois. Aucun intérêt, il en a des anges. Et les anges, ils ont leurs parcours, ce qu’ils ont à faire. Et l’être humain, c’est complètement autre chose.

Et Dieu dit quelque chose d’étonnant «J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs »

Quoi ? Dieu était-il sourd avant ? Pourquoi maintenant il entend, pourquoi maintenant il voit ? Ce sont là les questions des sages. Les maitres d’Israël décortiquent tout. Question sur question, tout pose question. Claque mot, chaque lettre, même chaque manière d’être écrit. Une lettre plus petite, une autre plus grande. On s’interroge. On ne se dit pas c’est une faute de frappe.

On se rappelle que quand Dieu parle à Moise, il a 80 ans. Dieu lui dit « J’ai vu, j’ai entendu ». Pourquoi pas avant.

Moise, comme David, étaient des bergers qui étaient très attentionnés à leurs troupeaux. C’est comme une mise à l’épreuve de Dieu, qui voit, mais on ne sait pas qu’il voit. Il voit le comportement de chacun dans le secret de ce qu’il fait. Mais simplement, pour préserver notre liberté, Dieu est amour, on ne sent pas cela. Il sonde les cœurs et les reins. On est transparent pour Dieu.

C’est parce que Moise a vu la souffrance de son peuple, de son troupeau, que Dieu voit et entend. Dieu attend que nous soyons récipients, que nous soyons véhicules. La question quand il y a des guerres n’est pas « que fait Dieu ?», mais « que fait l’homme ? ». Y-a-t-il de l’homme en l’homme ? Y-a-t-il du divin en l’homme ?

Plus on est humain, dans le bon sens, c’est-à-dire, touché par l’autre, plus on est divin, et à ce moment là Dieu agir. Quand il s’agit d’amour, de relation, de fraternité, il faut l’homme. Il faut que l’homme dévoile en lui sa divinité, c’est-à-dire son humanité. C’est ce que le Christ a fait. Et c’est ce qu’il nous demande de faire. Il a pris notre humanité pour que nous prenions sa divinité. Que nous soyons de plus en plus humains, de plus en en plus divins.

Et une fois que Dieu a son « récipient », il voit et il entend. Et Moise n’a pas du tout envie de se charger cette histoire ! Là encore, on voit bien l’humilité de Moise. On aimerait tous bien que Dieu nous parle et nous envoie faire quelque chose. « Envoyé de Dieu », on serait content. Mais c’est un mauvais signe. Un autre prophète  Jérémie, Dieu veut l’envoyer, et lui ne veut pas. Il n’a pas envie, personne n’a envie. Se charger de l’autre, c’est quelque chose…

Si Moise a été choisi, c’est parce qu’il s’est libéré de lui-même. Et qu’ainsi il a pu être le libérateur. C’est parce qu’il s’est vidé de sa propre histoire, qu’il a pu prendre avec lui l’histoire du peuple juif. Sans ce dépouillement, sans cette dépossession de son être, cette nudité, cette pauvreté, on ne peut rien faire. Parce qu’on est trop plein de soi. Pas forcément l’égo, mais notre histoire. Il faut mettre de la lumière. Une fois qu’on a accompli cela, on peut mettre l’autre, car il y a de la place.

Et donc Moise ne veut pas y aller, car il dit à un moment « je suis lourd de parole ». « j’ai la bouche embarrassée. » On dit qu’il bégayait. Et Dieu lui dit « de quoi tu as peur, c’est moi qui ait créé l’oreille, qui ait créé la bouche » Et là, ce n’est pas Moise qui va parler. La parole va le traverser. C’est Dieu qui va parler par sa bouche. Et Dieu ne bégaie pas.

Si Dieu appelle Moise, c’est pour une mission, faire sortir le peuple d’Egypte, pour l’amener en terre promise, pour construire le temple, pour recevoir la Torah. Il y  a un  projet divin.

Sortir d’Egypte. En hébreu, Egypte « Misr ». Mais lu différemment, vocalisé différemment, מִצְרַיִם (Mitzráyim), cela veut dire « étroitesse» et « tristesse ». Donc sortir d’Egypte qui est la condition sine qua none pour recevoir la Torah et entrer dans la terre promise et construire le temple, il faut sortir d’Egypte. C’est-à-dire qu’il faut sortir de nos étroitesses, quelles qu’elles soient, et de notre tristesse. Car cela nous empêche de nous ouvrir, à nous à l’autre, à Dieu. Ce sont des prisons. Et c’est nous-mêmes qui nous mettons dans ces prisons, et il faut nous en libérer, si nous voulons écouter une autre parole que la notre. Une parole surnaturelle, qui nous fait sortir au-delà de nous, pour accéder à la dimension divine en chacun de nous. C’est donc sa mission.

On va passer par le désert, et on va recevoir la Torah, qui est, on le verra la prochaine fois, une charte d’amour entre Dieu et Israël. Le but c’est de construire un temple pour Dieu. Et on verra que c’est ce qui est important pour nous chrétiens. «  ve assou li miqdash veshakhanti betokham » « Et ils me feront un temple, et je résiderai en lui ». Au milieu d’eux, dit le texte. En hébreu, on peut aussi dire en nous, à l’intérieur de nous. Il y a le temple extérieur, mais il y aussi le temple intérieur, celui auquel nous amène le  Christ. C’est une intuition très forte de Saint Paul qui dit « c’est nous le temple », chacun de nous en Christ. On est le temple, et qu’est ce qui se passe dans un temple ? C’est là que Dieu parle, il parle dans le temple. C’est aussi là que l’homme se réconcilie avec Dieu. Car dans le temple extérieur, c’est là que l’homme pêcheur, offrait des sacrifices, pour se réconcilier avec Dieu. Il offrait une offrande (qurban) qui le rapprochait de Dieu. La relation était cassée, et là la relation, grâce à l’offrande, est rétablie.

La deuxième chose, c’est que c’est l’endroit où Dieu parle. Comme on voit que Moise parlait dans la « tente d’assignation », dans un lieu précis, la tente du rendez-vous. C’est le temple du désert. Et Dieu parlait avec Moise. Ensuite Dieu transmettait au peuple d’Israël. Nous avons-nous à servir Dieu, avec notre corps incarné, nos cinq sens. On est incarné, on n’est pas un esprit. Que tout notre corps soit temple et en même temps lieu de rendez-vous entre nous et le Christ. On entre dans la relation avec le Père que dans le Christ, et donc qui est  le fils, et donc en étant fils. Si on ne se place pas dans la situation du fils, et dans le fils, on ne peut pas avoir cette relation. En vérité.

C’est donc cela le plan divin. Que la terre entière, que chacun d’entre nous, soit un lieu où il se révèle pleinement. Où il habite pleinement. C’est Isaïe qui va dire « la brebis va habiter avec le loup »,  et la connaissance de Dieu sera pour tout le monde. C’est à cela que nous sommes appelés. C’est cela, le projet divin auquel le monde entier est convié.

On va voir maintenant le deuxième texte…

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