Atelier biblique 2015-2016-2 : la miséricorde dans la bible

2ieme conférence du cycle 2015-2016, sur le thème de la Miséricorde

Conférence : Elisabeth Smadja

La miséricorde dans la Torah.

Date : 18/01/2016

Texte :

C’est la deuxième conférence et je vois des nouvelles personnes. C’est très bien, je pensais faire un résumé de la première conférence sur la miséricorde du 14/12/2015 où j’avais axé mon propos sur la définition de ce mot (www.sjsc.fr/2015-12-atelier-biblique-2015-2016-1-la-misericorde-dans-la-bible/)

Le Pape nous a demandé de travailler, dans cette année du Jubilé, avec ce mot miséricorde.

Que signifie-t-il exactement ? La dernière fois, vous aviez évoqué les mots grâce, bonté, amour, compassion, pitié, pardon. Le pape n’a pas dit « c’est l’année de l’Amour ». Or c’est le mot précis de miséricorde qui tient une caractéristique qu’il n’y a pas dans toutes les autres. On dit dans le judaïsme que la miséricorde dépasse tout autre concept. Dieu est miséricordieux, cela dépasse l’amour, la bonté, la compassion, la grâce.

Ce mot en latin vient de Misere cordiae, et dans le christianisme, c’est un sentiment qui vient du cœur, une pitié, une émotion dont l’être humain est saisi quand il voit la situation tragique dans laquelle se trouve son prochain. Il est alors dans l’émotion, et mu par cette émotion il va avoir pitié et accorder son pardon. Comme on le voit dans les évangiles où le maître efface les dettes de son serviteur (Mt 18.23). Il est saisi de pitié, efface les dettes et laisse la vie. Dans les guerres anciennes, les combats étaient « avec mercy » ou « no mercy ». Si c’était « No mercy », sans miséricorde, on tuait tout le monde. Avec Mercy, si vous vous rendiez, vous aviez la grâce, la vie sauve. On vous fera miséricorde.

Dans le mot miséricorde, il y a donc la vie qui est donnée.

Il est bon d’habiter le mot, et de considérer ce mot comme une « téva », comme une arche, l’arche de Noé. Le mot « téva » a plusieurs sens : arche, mot. Les maîtres du Hassidim, branche ésotérique qui a vu le jour au XVIII ième siècle avec le Baal Shem Tov (fr.wikipedia.org/wiki/Baal_Shem_Tov). Le Baal Shem Tov explique qu’au moment de l’arche de Noé, les hommes et les animaux étaient dégénérés. Les animaux eux-mêmes avaient corrompu leurs voies, et Dieu avait décidé de faire venir le déluge. Noé, seul, avait trouvé grâce à ses yeux. C’est la première occurrence du mot grâce dans la Torah. Dieu n’a pas vu que Noé en tant qu’être humain, il voit sa descendance. Il voit les engendrements de Noé : il voit dix générations après, Abraham. Par Abraham, il y aurait une nouvelle naissance du monde. Des hommes qui en connaissance de Dieu, marcheraient avec Dieu. Par Abraham, tous les peuples de la terre seraient bénis, un peuple élu, et le messie. Dieu voit tout cela en Noé.

Le Baal Shem Tov précise que le mot « Téva » signifie arche, boite ou mot. Dieu demande à Noé d’habiter le mot, le langage. Sinon les mots sont galvaudés et le sens est perdu.

Habiter le mot, c’est être sauvé par le mot. Les enfants de Noé ont habité le vocabulaire, le langage, pendant 40 jours et 40 nuits. C’est comme s’ils étaient dans une matrice, dont ils vont sortir renouvelés, dans un monde renouvelé.

Le mot donné par le Pape, miséricorde, est très bien, car c’est cela dont le monde a besoin.

En hébreu, ce mot (Rahmanout) qui est fait sur la racine rehem qui signifie « utérus », matrice. On passe du cœur de la chrétienté au ventre. La miséricorde dans le judaïsme va faire appel à quelque chose de très intime. C’est sans raisonnement, ce sont les entrailles. C’est charnel, de l’incarnation. C’est quelque chose de maternel. On entre dans une maternité divine.

La miséricorde c’est le niveau de la maternité divine, des entrailles divines. Il est supérieur à tous les niveaux car il fait appel à une folie d’amour. La maman tient à son enfant, nourrit son enfant, protège son enfant, est toujours présente à son enfant même s’il est le pire des brigands. Elle sera toujours là, jamais elle ne le repoussera. Folie d’amour parce qu’elle est capable, elle est d’accord pour donner sa vie pour sauver celle de son enfant. C’est un attribut divin, mida (mesure) en hébreu. Cet attribut est au delà de la justice, au dessus de la bonté, de l’amour, car il ne requiert pas de reconnaissance de notre part. La miséricorde existe, même si l’enfant n’est pas reconnaissant ou méritant. C’est un don total.

Le pape nous demande de devenir nous-mêmes une matrice. Il s’agit de laisser de la place à l’autre en nous. On sort de la fraternité, on nous demande d’aller plus loin. Que l’Autre ne soit pas seulement mon Frère, mais qu’il soit mon Enfant. De quelle maternité sommes-nous capables ?

Suis-je capable d’avoir d’autres enfants que mes enfants ? Suis-je capable de porter un autre, enfant ? Etre miséricordieux, c’est être dans une fécondité. C’est parce qu’il y a du fruit, qu’il y a bénédiction. La première bénédiction que Dieu donne à Adam et Eve c’est « fructifiez-vous et multipliez-vous ». Le monde a été créé pour la bénédiction, pour les engendrements.

C’est important de voir que Jésus n’est pas créé, il est engendré. L’importance de l’engendrement c’est que l’on est incarné dans une chair. On est incarné dans quelque chose qui est très fragile et très douloureux. Jésus enfante une humanité nouvelle par sa passion, par le sang et l’eau, comme une mère. Cette incarnation est plus forte que la création, et il faut rendre cette incarnation divine. On fait un mariage divino-humain.

Porter du fruit est important, donner naissance est signe de joie. La stérilité est vécue comme une tragédie. Les femmes de la bible ont du mal à enfanter, elles prient pour enfanter, pour que Dieu leur ouvre leur « rehem », leurs matrices, leur miséricorde. C’est-à-dire ce lien spécial avec l’autre, avec son prochain.

Comme il est dit dans le psaume 139 (138), chacun de nous est un enfant de Dieu. On est en lui comme dans un utérus.

« C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.

Mon âme, tu la connais bien,

Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre.

Mon embryon, tes yeux le voyaient. »

Ou dans Isaïe,

« Yahvé m’a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère, il a prononcé mon nom. Il m’a dit tu es mon serviteur Israël. En toi, je me glorifierai. »

Le pape nous demande d’aller plus loin avec le message du Christ, visage de la miséricorde, être mère de l’autre.

J’ai essayé alors je vous livre mon expérience, lors d’un passage difficile à l’hôpital. On fait des essais pour vivre la miséricorde, l’essentiel est d’habiter le mot, d’y penser le plus souvent, jusqu’à ce qu’il fasse partie de notre chair.

Quand on est à l’hôpital, on est donné aux autres, on est le patient, le malade. On a mal, on a peur, on est crispé. J’étais dans ma crispation : tous les autres sont des étrangers. On peut prier et ne pas être dans la prière et ne pas être avec Dieu. A un moment j’ai pensé au Pape François, j’ai pensé à l’année de la miséricorde. Là, je me suis dit « je m’enlève de ma peur et chaque personne qui penchera son visage sur moi sera celui de la miséricorde ». A partir de ce moment là, je n’ai eu que des gens sympathiques autour de moi. Qui me sourient tendrement qui me disaient « qu’est ce qui vous arrive ? » Et chaque fois que je ne disais pas, je tombais sur quelqu’un qui était fatigué, qui faisait la tête. On est parfois un patient parmi d’autres. Il s’agit d’intégrer l’autre. Et j’ai fait l’opération inverse. J’étais dans une chambre avec une asiatique, une chinoise de mon âge, en France depuis 30 ans mais qui ne parlait pas le français. Toute la journée du chinois, parlant fort, mettant la radio fort. Je me suis dit, mon Dieu pas de chance, avec qui je suis tombé. Quelle horreur ! Pourquoi ? Après j’ai dit « stop ! », maintenant c’est toi le visage de la miséricorde : « tu es en Chine, cette femme c’est ton enfant ». C’est Dieu dans sa différence. Tu as un enfant chinois. Il parle chinois, avec les manières chinoises. Il parle très fort, avec un rapport au corps différent. Ce n’est pas seulement accepter l’autre, c’est l’intégrer. J’étais très bien, j’étais en Chine… A un moment cette dame s’est mise à prier. La radio était très forte et j’entendais « Ohm, Ohm… » Je me suis dit que cette dame était bouddhiste. Et des fois cela se passait au moment où moi je priais également. Au début, je me disais elle me dérange dans ma prière puis « stop ! », fais comme elle. Et dans mon oraison, j’ai dit « Ohm ». J’ai prié avec elle, j’étais en Chine, avec mon enfant chinoise qui prie Bouddha. Je la mets dans ma prière. Et tout se passe bien, cela a été formidable. Mes enfants me disaient « dis quelque chose, plains toi », les infirmières me plaignaient, mais non j’étais bien. Je voulais partager cela avec vous, car le mot ne doit pas seulement être intellectualisé, on doit le vivre.

Comment je peux vivre cette miséricorde, dans ce que je vis, dans ce que je traverse ?

Le pape François a été très inspiré. On peut également penser à Mère Térésa, qui est le visage de la miséricorde, le visage du Christ. Tous les hommes et femmes qu’elle a pris dans ses bras, quelque soit leur âge, leur déchéance. Chacun était pour elle comme son enfant. Ce passage douloureux a été pour moi l’occasion de vivre ces grâces, et cela vaut le coup.

Maintenant je vais faire appel à vous. Dans la Torah, le Pentateuque, ces cinq livres que Moïse a écrit au mont Sinaï, sous la dictée de Dieu, sauf la dernière phrase où on parle de sa mort, et on dit que c’est Josué qui a écrit la dernière phrase.

Dans la Torah, qui ne veut pas dire Loi, mais Enseignement, qui veut dire également lumière par la racine Orh, lumière, orientation de nos vies vers Dieu, dans cet enseignement, il y a des lois.

Question : dans ces cinq livres, comment Dieu a montré sa miséricorde, et comment l’homme a montré sa miséricorde ? Dans le sens que l’on a donnée aujourd’hui : utérus, porter du fruit, donner la vie. Que l’histoire puisse continuer, se poursuivre.

Je vous rappelle les livres de la Torah :

  1. la Genèse (Berēshīṯ : Commencement), qui part de la Création du monde jusqu’à la mort de Jacob.
  2. l’Exode (Shemōṯ : Noms), Dieu famille, Dieu relation où on dit les noms de tous ceux qui ont été en Egypte. Dieu s’adresse à des personnes. Shemot parle de la sortie d’Egypte, la traversée de la Mer Rouge, le don de la Manne, le Sinaï, et la construction de l’arche.
  3. le Lévitique (Wayyiqrā’ : Et il appela), le livre des Cohanim, des prêtres, intronisation des Lévi.
  4. les Nombres (Bamiḏbar : Dans le désert), qui peut se lire également B Midbar, à l’intérieur de la parole (bavar), histoire des éclaireurs qui disent que ce n’est pas une bonne terre. A la suite de quoi, Dieu décide que toute cette génération, même Moïse et Aaron ne sont pas entrés en Israël.
  5. le Deutéronome (Devarim/ Deḇārīm : Les paroles), où Moïse va reprendre tous ces épisodes.

La miséricorde se trouve là où il y a des engendrements, un avenir, une histoire. L’histoire Sainte, alors qu’il s’y passe des choses abominables, comme dans nos vies. Elle est sainte, par ce qu’elle est tissue avec Dieu. C’est un compagnonnage. Et si nous voulons que notre propre histoire soit sainte, on doit la tisser avec Dieu. L’histoire sainte commence avec celle d’Abraham. Il marche avec l’Eternel, son Dieu. Il évangélise. A partir de lui, Dieu entre dans l’histoire personnelle de chacun. On doit dans la trinité, travailler avec Dieu. On est aidé, en regardant comment cela se passe chez les ancêtres. C’est pour cela que la miséricorde est un tel signe de lien, d’amour entre nous. On est le maillon d’une chaine non pas de fer, mais de chair et de sang, avec des cris, des larmes, de l’eau. Quelque chose qui n’est pas donné dans la facilité. Ce tissu là nous lie et nous relie. On comprend l’autre là où on est faible, là où on a une faille. En Jésus, on entre dans cette incarnation et dans cette histoire sainte. La Torah, c’est l’histoire Sainte, et l’évangile, c’est le bébé de l’histoire sainte. L’histoire Sainte a porté la bessora tovah, la bonne nouvelle. L’histoire de Joshua, Jésus, est une bonne nouvelle que l’on doit dire, évangéliser. La bonne nouvelle est le retour vers le père, le pardon des fautes, la résurrection, la vie éternelle.

Réponses :

  • Miséricorde de Dieu, je voyais Caïn et Abel, Caïn n’est pas tué, il est sauvé par Dieu et protégé, malgré sa faute.
  • Miséricorde de l’homme, Moïse qui redonne vie au peuple Juif par la sortie d’Egypte.
  • Je vois dans la vie de Moïse, la Manne dans le désert, alors que les hommes sont découragés.
  • Joseph et ses frères, la miséricorde de Joseph.
  • Jonas dans le ventre de la baleine (J’avais dit le Pentateuque…On verra cela dans une autre partie : les Prophètes, les psaumes).
  • Le serpent de bronze.
  • Les deux mères, la vraie, la fausse avec Salomon (ça aussi c’est après… Le Pentateuque s’arrête à la mort de Moîse. Après, il y a Josué, Samuel, Shaul, les rois, David, Salomon)
  • Abraham et Isaac (c’est un ange qui intervient…)
  • La miséricorde de Dieu avec la descendance d’Abraham.
  • La fille de Pharaon qui sauve Moïse des eaux du Nil.
  • Abraham qui demande à Dieu d’épargner Sodome et Gomorrhe.

On voit que l’on trouve pas mal de réponses.

Alors pour ma part, la miséricorde de Dieu par rapport à l’homme.

La première miséricorde de Dieu, c’est la Création. On en avait parlé un peu la dernière fois.

Dans la cabbale, le pardes explique les quatre sens de la Torah. Il y a le Remez, le sens allusif.le drash/derash, sens midrashi, le sens symbolique, analogique, et le Sod, le dernier des sens, le sens ésotérique. Et cela donne le mot PARDES qui veut dire jardin.

Dieu par amour a fait le Tsimtsoum, il s’est contracté, il a contracté sa puissance. Il a voilé sa puissance, créant un vide pour que la création puisse exister. Avec le mot miséricorde, on voit qu’à l’intérieur de lui, il a créé un espace où pouvait se loger la création. On peut dire «je », un petit je/jeu, que parce qu’il voile sa puissance. En voilant sa puissance, il y a des ténèbres qui se créent, l’obscurité est là. Il a aussi le libre arbitre, le choix. Et l’homme doit faire tout un travail après, de choisir Dieu par amour, malgré cette obscurité. Dieu, dans son amour, a accepté de voiler sa puissance pour qu’il y ait l’être humain.

Avant l’histoire de Caïn et Abel, il y a Adam. Dieu avait dit « Si tu mange de cet arbre, tu meurs ». Il avait dit « mortel, tu mourras. » MOTh ThaMOUTh.

Adam avait été créé vendredi. Il avait reçu cet ordre de ne pas manger de cet arbre trois heures avant shabat. Les maîtres disent que si Adam avait mangé après shabat, il aurait eu la vie sauve. Il aurait pu manger de l’arbre de la vie éternelle, il n’y avait pas d’interdit sur cet arbre. Il a mangé au moment où il ne fallait pas. Il aurait mangé cela après, toute la création, shabat, retourne à Dieu. Et comprend que bien qu’il y ait multiplicité, tout est « UN ». Bien qu’il y ait obscurité, tout est « UN ». Tant qu’on a pas ce retour, on n’a pas conscience. Il a donc mangé au mauvais moment et devait donc mourir. Shabat veut dire repos, mais aussi retour. Il a fait téshouva, son mea culpa. Il a demandé pardon, dans les textes midrashiques. Et Dieu lui a pardonné. On dit qu’il a pris l’abstinence pendant 130 et quelques années. Il était donc agé quand il a eu Caïn et Abel.

Caïn tue son frère Abel. Les midrash disent « Tu es l’assassin de ton frère ». RoTSeHar, assassin. Nos maîres nous disent qu’Abel répond « je ne suis pas l’assassin de mon frère » qui peut se dire en hébreu « je ne veux pas de frère ». Toute la problématique de l’être humain qui ne veut pas de l’autre, de frère. Toute l’histoire du monde ce sont des histoires de famille. Hors la famille, c’est plus simple, il n’y a aucune attache, aucun lien qui nous enferme si on n’y fait pas attention. La miséricorde, avant de commencer avec le tout autre, doit commencer avec sa famille, avec soi-même. Etre son propre enfant.

Dieu a pitié de Caïn ; il lui met un « Owth/Oth », אוֹת une marque, un signe. Mot qui peut se lire Tav תָּ֫וִי ,dernière lettre de l’alphabet qui en proto signalétique, s’écrivait comme une croix. Il lui met donc une croix. Owth s’écrit donc Aleph-Vav (conjonction et)-et le Tav. Il lui met donc l’alpha et l’oméga comme signe. Il lui met comme signe, celui par lequel tous les péchés vont être pardonnés. Celui qui, Jésus de Nazareth, va par sa passion, va donner sa vie en qapara, il la donne en rançon. C’est une offrande consentie, faite en conscience, pour Israël et pour la multitude (Isaïe 53). On voit donc déjà cela avec Caïn et avec Ezéchiel (Ezéchiel 9.4)

« Parcours la ville, parcours Jérusalem et marque au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur toutes les abominations qui se pratiquent au milieu d’elle… Quiconque portera la croix au front, ne le touchez pas.”

On retrouve le mot Tav, le mot croix. Eux sont épargnés par ce qu’ils pleurent sur les abominations.

Ensuite, j’ai vu, comme nous l’évoquions la dernière fois, l’histoire de Noé. Là aussi la coupe est pleine. Et Dieu n’anéantit pas tout le monde.

Ensuite, je vois le Ar Sinaï, la montagne du Sinaï, quand Dieu se fait un peuple. Avant c’était des tribus, douze tribus qui étaient esclaves en Egypte, et de ces tribus, Dieu va faire un peuple, qu’il appelle fils ainé, Israël, son enfant. En même temps fils ainé, enfant et en même temps épouse. Dieu entre dans la création dans l’Histoire personnelle des hommes. Dieu donnera comme enfant de cette épouse le Messie. Messie qui fera entrer l’humanité toute entière dans cette maternité/paternité divine, où chaque individu, sans être fils d’Israël devient fils de Dieu.

Ensuite nous voyons Yom Kippour. Pendant que Moïse est devant Dieu et que Dieu grave sur les tables de loi, les dix paroles. Dieu dit à Moise, « descend, ton peuple a fauté, il est en train de faire un veau d’or ». Moise descend, voit le veau d’or et brise les tables. Comment Moise peut faire cela ? Mais nos maitres nous disent que Dieu l’en a félicité. « heureusement que tu les a brisées ». Nos maîtres disent que les tables cassées, il ne pouvait y avoir d’accusation. Tu ne peux pas être jugé, il n’y a pas d’écrit. Dieu ne pas juger, car il n’y a plus d’écrit, il ne reste que des pierres. Dieu remonte sur le mont Sinaï et là il va y avoir de la miséricorde car les écrits nous disent que Moïse a intercédé auprès de Dieu pendant 40 jours et 40 nuits, sans manger, car Dieu voulait exterminer son peuple.

Nous avons deux miséricordes qui vont s’entrecroiser. Celle de Dieu qui va réécrire, par la main de Moise les tables. Et ce n’est plus uniquement les dix paroles, c’est la Torah. En même temps qu’il reçoit la Torah écrite, il reçoit la Torah orale, les clés de compréhension pour lire le texte à d’autres niveaux, au niveau du Pardès, l’allusif, le symbolique, et l’ésotérique. La bessora tova de Jésus, c’est un dévoilement de sens. Il dévoile les choses qui étaient cachées dans la Torah de Moïse qui étaient cachées et qu’on n’arrivait pas à lire. Jésus en donne la lecture. Il n’y a que le Messie qui peut dévoiler ce qu’il y a de plus secret, et qui se trouvait contenu dans la Torah de Moise. Les évangiles font partie de la Torah dévoilée.

Quand Moise redescend du mont Sinaï, c’est Yom Kippour. Il donne les nouvelles tables le jour de Yom Kippour, le jour du grand pardon. Une fois par an, l’homme se repent, Dieu pardonne et redonne la vie. On est dans un acte de miséricorde : il y a repentance, le pardon, et la vie est sauve.

La vie est sauve, mais les hommes qui ont le plus participé au veau d’or ont tout de même été exécutés. C’est la tribu des Lévi qui exécute le jugement. Quand Moise descend, il demande à ceux qui n’ont participé au veau d’or de venir à lui. La seule tribu qui s’est trouvée entière, c’est la tribu de Lévi. A partir de ce moment là, ils ont eu la récompense. Moise dit « cette tribu va remplacer les premiers nés », cela va devenir la tribu des cohanim (héb. cohen כהן, plur. cohanim, litt. « dédié, dévoué »), la tribu des prêtres, kaddosh. La tribu des Lévi est kaddosh, sainte, mis à part, pour être la part de Dieu, pour servir Dieu. Pour être un intermédiaire entre les israélites et Dieu. Ils auront pour charge de faire l’enseignement, garder l’arche, veiller sur le temple.

Regardons maintenant la miséricorde de Moise : Dieu lui dit j’extermine ce peuple et je recommence tout à partir de toi, à partir de ta descendance. Et Moise s’est dressé et dit « non ». Il n’en est pas question, je préfère que tu effaces mon nom de ton livre que tu es en train d’écrire, plutôt que tu extermines Israël. Moise fait preuve d’une miséricorde comme une mère.

Dans la même situation, Noé, qui était juste dans SA génération n’intervient pas. Dans une autre génération, il n’aurait pas été juste.

Abraham est également miséricordieux. Dieu lui dit « je vais détruire Sodome et Gomorrhe ». Abraham aurait pu faire comme Noé, ne pas intervenir face à Dieu. Mais Abraham discute avec Dieu jusqu’à négocier le nombre de dix justes pour protéger ces villes. Nos maitres nous disent qu’il n’a pas osé aller plus loin et demander le nombre de un juste. Si Abraham avait été jusqu’à un, Dieu aurait accepté. Nous sommes les bras, le ventre, le cœur, la miséricorde de Dieu. Si nous on ne dit rien, comment Dieu va agir ? Le but n’est pas le miracle, le but c’est que l’on soit de plus en plus humain. Qu’on soit de plus en plus concerné par l’autre, qu’il y ait de plus en plus d’amour. Qu’on soit de plus en plus divin. Et on est divin quand on se montre pleinement humain, touché par ce qui arrive à l’autre. Abraham fait ce qu’il avait à faire, il marche avec l’éternel son Dieu. Il sait qu’il a la bénédiction pour lui et sa descendance, mais il s’inquiète pour Sodome et Gomorrhe. Il pleure pour les méchants.

Nous avons également l’histoire de Rahel/Rachel (hébreu רָחֵל (raḥel), une voix qui pleure et qui ne veut pas se laisser consoler c’est Rachel qui pleure et ne veut pas se laisser consoler. On sait que Rahel en mettant au monde son second enfant, Benyamin et elle a été enterrée sur la route qui va à Bethléem. On dit que Dieu veut la consoler et elle dit qu’elle ne veut pas être consolée. Elle dit à Dieu « je veux continuer à pleurer jusqu’à ce que tu fasses revenir tous mes enfants, Israël, de l’exil sur leurs terres ». C’est une mère qui refuse la moindre consolation, le moindre apaisement de Dieu tant que Dieu n’a pas réalisé la promesse. C’est dans les prophètes (je vous ramènerai des quatre coins de la terre), promesse messianique dans le retour de Dieu, la parousie. Les juifs très pieux ont l’habitude de faire le Tikoun ‘Hatsot, c’est-à-dire la réparation, de se lever au milieu de la nuit vers deux heures du matin. Ils font aussi Tikoun rahel et Tikoun Lea. Ils lisent les psaumes et ils pleurent sur le peuple juif. Ils essaient d’agiter les cordes de la miséricorde divine, pour que Dieu soit plus maternel et qu’il fasse ce qu’il doit faire.

Revenons un instant sur l’épisode des Lévi. On se souvient qu’avant les Lévi, c’était les premiers nés qui étaient Cohen, consacrés à Dieu. Le premier né ce n’est pas de l’argent qu’il avait. Le problème qu’il y a eu entre Jacob et Esav/Esaü n’était pas un problème financier. C’était un problème spirituel. La charge du premier né est une charge spirituelle : on va servir Dieu. Esav, chasseur s’en fichait pas mal. Après il regrette. Mais Jacob écoute les conseils de sa mère Rébecca et obtient la bénédiction.

Je me suis demandé « pourquoi les premiers nés » ? Qu’ont-ils de spécial ? Pourquoi sont-ils choisis ? Pourquoi c’est eux qui ont cette chance de servir Dieu ? d’être kaddosh, plus près de lui ? Dans la Genèse il est dit « tu me consacreras tout premier né qui ouvre la matrice, l’utérus de la mère ». Le premier né  a la particularité d’ouvrir le rehem, la matrice. Il a donc la particularité d’ouvrir le premier la miséricorde, la porte de la miséricorde. Et Dieu aime ceux qui ouvrent les premiers les portes de la miséricorde. Et qui laissent passer les autres et qui parlent pour les autres, qui entrainent les autres à leur suite. Jésus de Nazareth est lui aussi un premier né. Un premier né de sa mère, et un premier né d’entre les morts. Il a aussi ouvert une porte. Il ouvre une porte dans l’espace/temps. Il ouvre la porte de l’éternité. La mort, par lui devient un passage. Un passage pour un être humain renouvelé, un monde renouvelé. Il ouvre la miséricorde, il est visage de la miséricorde.

On dit que Dieu a treize midot, attributs, treize vêtements de la miséricorde. C’est dans le texte après le veau d’or où Moise a demandé à Dieu de lui montrer sa miséricorde. C’est dans Exode 34.5-8

« Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna.»

On déduit ce texte là que Dieu a treize attributs de la miséricorde.

« Il supporte le crime, rébellion, la faute. » Ce sont trois mot hébreux différents qui expriment la faute qui est ciblée. Le crime c’est avon, le crime en connaissance de cause. Pécha, c’est la rébellion ; on se rebelle contre Dieu. Ratat, ce sont les fautes pour lesquelles on apporte les sacrifices. Fautes faites par inadvertance, bêtise. Les sacrifices ne concernent que le Ratat. Il y a aussi les offrandes de gratitude, pour le naziréat. Mais il ne les absous pas. Il est lent à la colère mais pour qu’une faute soit absoute, il faut qu’il y ait repentance. Si l’être humain ne se reconnait pas pêcheur. S’il ne prend pas sa part de responsabilité, la faute n’est pas effacée. Jésus est venu pour les pêcheurs, pour ceux qui se reconnaissent tels. Sinon Dieu supporte.

Les bienfaits c’est jusqu’à mille générations. Les bienfaits c’est sans fin nous disent nos maîtres ; Jusqu’à aujourd’hui, on récolte les bienfaits de la conduite d’Abraham. Nous sommes les enfants d’Abraham, en lui tous les peuples sont bénis, en Jacob, en Isaac. On vit de leurs bienfaits. Et il poursuit les méfaits des pères jusqu’à la troisième ou quatrième génération. En quoi est-ce un acte de miséricorde ? Une explication est que l’enfant peut réparer la conduite de ceux de qui il se reçoit. On peut réparer. On examine notre arbre généalogique, soyons jardiniers de notre arbre. Que peut-on réparer ?Il faut faire des actes de compréhension, de réparation, de pardon dans la prière.

On se rappelle que dans le Cantique des Cantiques, Dieu dit « Je suis descendu au verger des noyers, pour voir les fruits de la vallée qui mûrissent, et pour voir si la vigne s’avance, et si les grenadiers ont poussé leur fleur. » Et on se rappelle que Dieu a fait plein d’arbres dans le jardin d’Eden.

Dieu, El Shatai, le tout puissant peut aussi se lire comme un champ. Et j’aime à me dire que je suis un arbre dans le champ de Dieu. Qu’il vient examiner mon arbre. Donner du fruit. Etre un arbre soigné, bichonné qui va donner du fruit dont Dieu va se réjouir.

En conclusion, jusqu’à devenir arbre de vie. Il y avait un arbre de vie. L’arbre de vie c’est Jésus de Nazareth, c’est l’arbre de la croix. Arbre de vie, jusqu’à ce que nous devenions un arbre de vie. La croix, une croix qu’est ce ? Dieu demande aux arbres fruits qui donnent du fruit. Et les arbres ont transgressé. Est sorti des arbres avec des écorces qui donnent du fruit. Les arbres se sont dits si on est nous même du fruit on va être mangés, on va mourir. Le seul arbre, fruit, qui donne du fruit, mangeable complètement. On le mange totalement, c’est en étant mangé qu’il donne la vie éternelle, c’est Jésus de Nazareth, c’est l’arbre de vie. Cet arbre de la croix se donne entièrement à chacun d’entre nous. C’est parce qu’il n’a pas eu peur de donner sa vie qu’il ressuscite et qu’il donne lui-même la vie éternelle. Que nous allions tous dans ce sens là !

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A relire/réécouter :

Conférences Elisabeth Smadja

A voir également :
www.sjsc.fr/2015-12-le-visage-de-la-misericorde/

Sur le site du diocèse de Paris, la miséricorde

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