Aimez vos ennemis

Le Christ nous rappelle que la foi chrétienne n’engage pas à nous désolidariser du monde présent, elle nous appelle à nous y engager, à nous y investir.

Lectures : Septième Dimanche du temps ordinaire : dimanche de la parole

Dans le livre des Lévites (1ère lecture), nous trouvons deux commandements : « Soyez saints, car moi, le Seigneur, je suis saint » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Nous n’en sommes pas encore à l’Évangile. Ces étonnantes paroles se trouvent déjà dans l’Ancien Testament. Le livre des Lévites est particulièrement sensible à la sainteté de Dieu. Cette révélation implique des exigences. Et parmi ces exigences, il y a l’amour fraternel : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Dès l’ancienne loi, on découvre que cet amour fraternel vaut mieux que tous les rites : c’était le signe de la présence de Dieu parmi les hommes. Cet appel du Lévitique n’était qu’une étape. Il se limitait aux liens du sang, de la race, de la famille, de la nation.

Avec le Nouveau Testament, avec Jesus, nous faisons un pas de plus. Dans sa lettre aux Corinthiens, saint Paul insiste sur l’universalité de l’amour de Dieu. Chaque personne est unique aux yeux du Seigneur. Tout homme est un sanctuaire aux yeux de Dieu. Nous appartenons tous au Christ et le Christ est à Dieu. Cela entraîne un renversement : nous sommes appelés à être ensemble le lieu de la présence de Dieu. Ce qui compte désormais, c’est le Royaume nouveau à construire, à manifester.

Dans l’Évangile de ce dimanche, nous entendons Jésus nous parler avec l’autorité même de Dieu. Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous persécutent… cela peut sembler totalement déconnecté de la réalité du monde dans lequel nous vivons.

L’idée même de pouvoir aimer celui qui nous fait souffrir est surnaturelle. La réaction de tout être vivant en contact avec une source de mal n’est pas de l’aimer mais de la fuir ou de la combattre. Ce message de Jésus ne va pas dans le sens de notre penchant naturel. Il veux que nous aimons à l’image de Dieu. Et Dieu ne se laisse pas conditionner par la méchanceté de son vis-à-vis. Même oublié, même bafoué, Dieu continue à être fidèle à lui-même, il ne peut qu’aimer.

Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous persécutent… c’est quelque chose que Jésus a vécu, c’est une parole qui est faite pour être prise au sérieux dans notre façon de vivre, dans notre rapport aux autres. Si nous prenons cette parole de Jésus sur l’amour des ennemis comme base, c’est toute notre lecture de la Bible qui sera orientée par une conception de Dieu comme aimant chacun, envers et contre tout. Si nous limitions notre amour à ceux qui nous en témoignent en retour, nous n’aplanissons pas la route vers le Royaume de Dieu.

La Bible n’enseigne pas la vengeance rappelle Jésus. La confiance en Dieu produit la paix de l’âme de celui qui s’en remet à lui. Jésus ne nous propose pas de transformer notre ennemi en ami, il n’est pas question de cela. Faisons confiance à Dieu, à lui de faire justice, à lui la colère… Cette colère n’est pas contre le méchant, mais contre le mal, ce mal qui nous mène par le bout du nez, ce mal que nous nous faisons et ce mal qui nous fait souffrir, d’où qu’il vienne.

Pour l’offensé, c’était déjà, sous la Loi du talion, un grand progrès que d’apprendre à tempérer sa vengeance et à la contenir dans les limites de l’équité. Mais ce sera un progrès plus grand encore que d’être rendu capable, par l’Évangile, de pardon, au point, après avoir été frappé sur la joue gauche, d’avoir la capacité de tendre la joue droite. Ce comportement n’est pas le résultat d’une obligation mais de l’Amour. Nous sommes libres de nos gestes mais c’est une liberté que, en tant que croyants, nous ne finirons jamais de découvrir ni d’approfondir. Grâce au Christ.

Le Christ qui nous rappelle que la foi chrétienne n’engage pas à se désolidariser du monde présent, elle nous appelle à s’y engager, à s’y investir mieux que personne.

Aimer comme Jésus a aimé, c’est pardonner comme il a pardonné à ceux qui l’ont fait mourir ; c’est s’arrêter pour écouter le cri de celui qui souffre comme il l’a fait pour le mendiant que tout le monde voulait faire taire ; c’est regarder sans juger comme il l’a fait pour les pécheurs qu’il a rencontrés ; c’est prendre le temps de la prière pour se ressourcer à la source de l’Amour.

Nous chantons quelquefois : « Qu’il est formidable d’aimer ! » Mais par expérience nous savons que nous pourrions tout aussi bien chanter : « Qu’il est difficile d’aimer, qu’il est exigent aimer », surtout aimer à la façon de l’Évangile. Cette Eucharistie que nous allons célébrer vient nous redire tout l’amour du Christ pour nous. Qu’elle nous aide à demeurer dans cet amour et à en vivre chaque jour. Oui, Seigneur, « fais de nous des artisans de paix, des bâtisseurs d’amour ».

Evangile et homélie (Père Christophe Hermanowicz)

Orgue :Au grand Orgue, Guy Didier

ENTRÉE : Prélude et Fugue sur “Ad nos Salutareme Undam” (F. Liszt)
OFFERTOIRE : Choral “Mortifie-nous par ta bonté” de la Cantate 22 (J.S. Bach)
COMMUNION : Prélude et Fugue en Fa Majeur (J. S. Bach)
SORTIE : Toccata et Fugue en Ré Mineur (J.S. Bach)

Jean Sébastien Bach
Franz Liszt

Les autres homélies du Père Christophe Hermanowicz

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